Les vies de Marie-Caroline Tessier et de Sylvie Pelletier ont basculé le 3 juin 2012 lorsqu’elles ont appris que leurs filles de 6 ans étaient abusées sexuellement depuis quelques mois par Guy Nadeau. Dix-huit mois plus tard, les deux mamans tentent péniblement de tourner la page.
L’arrestation de Guy Nadeau en juin 2012 a eu l’effet d’une bombe. L’homme de 69 ans était, pour tous ceux qui le côtoyaient, un chic type.
Il partageait la vie de la mère de Marie-Caroline Tessier depuis 25 ans. « Je l’ai connu à 16 ans, c’était comme mon père », a déclaré Mme Tessier.
Lors de la naissance de sa fille, cette dernière avait même demandé à M. Nadeau d’agir comme parrain, ce qu’il avait accepté volontiers.
« Ma fille se rendait chez ses grands-parents presque tous les weekends. Elle adorait son grand-père », de dire Mme Tessier.
Sylvie Pelletier vivait quant à elle sur la même rue que Guy Nadeau, dans un quartier paisible de Sainte-Anne-des-Plaines. Sa fille, qui était amie avec la petite de Mme Tessier, se trouvait fréquemment au domicile de M. Nadeau.
« C’était quelqu’un de très gentil. Je ne suis pas du genre à laisser ma fille à n’importe qui, mais M. Nadeau, c’était quelqu’un à qui je faisais confiance », a indiqué Mme Pelletier.
Cette confiance s’est rapidement dissipée le jour où son conjoint de l’époque a retrouvé leur fille, seule, au domicile de M. Nadeau. De retour à la maison, la petite avouait que l’homme s’était faufilé, nu, dans une autre pièce, au moment où son père avait cogné à la porte.
Cet épisode, qui a rapidement fait boule de neige, s’est terminé lorsque le juge a prononcé mercredi dernier une sentence de trois ans de prison au pédophile.
Condamnations
L’homme de 69 ans a été reconnu coupable d’avoir eu des contacts sexuels et d’avoir exhibé ses organes génitaux sur les filles de Mme Tessier et Mme Pelletier.
Dans un tout autre dossier, il a été reconnu coupable d’attentat à la pudeur et de grossière indécence sur cinq autres enfants.
Les événements s’étaient produits entre 1979 et 1983 à Saint-Michel-des-Saints et à Saint-Calixte. Les cinq victimes avaient décidé de porter plainte lorsque M. Nadeau avait été arrêté en juin 2012.
Aucune justice
Présentes lors du verdict au palais de justice de Saint-Jérôme, les deux mamans demeurent avec un goût bien amer du système judiciaire.
Déplorant que l’agresseur de sa fille ait passé les 18 derniers mois en liberté, Mme Tessier a indiqué qu’elle ne pourra jamais pardonner un jour à son ex-beau père.
« C’est comme une cicatrice. Tu as beau essayer de ne pas la regarder, mais tu sais qu’elle est là […] C’était son parrain. Il avait jugé devant Dieu qu’il allait la protéger », a-t-elle tristement témoigné.
Bien qu’aucune justice ne puisse réparer selon elle ce genre d’actes, Mme Tessier s’est dite soulagée de savoir que l’ex-conjoint de sa mère se retrouve actuellement derrière les barreaux. Selon elle, sa prochaine victime aurait sans doute été son deuxième enfant, son fils qui a aujourd’hui 5 ans.
D’ailleurs, celle qui réside à Blainville souhaite que sa sortie puisse convaincre d’autres victimes à briser un silence pénible. « Nous sommes convaincus qu’il y en a eu d’autres (victimes). C’est une déviance sexuelle. Tu ne peux pas rester sur le neutre de 1980 à 2012 », a-t-elle dit.
Frustrées contre l’aide apportées aux victimes
S’il y a une chose que Marie-Caroline Tessier et Sylvie Pelletier retiennent des événements qui ont chamboulé leur vie, c’est que les victimes d’actes sexuels ont bien peu d’aide au Québec.
« Aujourd’hui, après tout ce qui s’est passé, je suis une maman révoltée du système, a mentionné d’emblée Mme Pelletier. Au début, au moment où j’étais en pleine crise et que je lançais des meubles par les fenêtres, nous n’avons reçu aucune aide », a ajouté celle qui a déménagé à Mirabel peu de temps après les événements.
Les deux femmes ont été référées à l’IVAC (Indemnisation des victimes d’actes criminels) et à la CAVAC (Centre d’aide aux victimes d’actes criminels), mais les services qu’elles y ont reçus ont été selon elles peu bénéfiques.
« Nous nous sommes senties délaissées. Nous avons eu beaucoup de difficulté à trouver un psychologue spécialisé pour le cas de ma fille », a fait savoir Mme Tessier, qui vient à peine d’en trouver un, 18 mois plus tard.
Épuisée
Malgré la rude épreuve, la vie suit difficilement son cours pour les deux mamans. Mme Tessier n’est toujours pas retournée au travail alors que les médecins ont récemment diagnostiqué que Mme Pelletier souffrait d’épuisement.
« Je suis en arrêt de travail depuis le 3 décembre. Avec la lenteur des procédures de l’assurance-chômage, je suis depuis ce temps sans revenu. Je vais être obligée de retourner travailler, complètement épuisée. Est-ce que je vais éventuellement perdre mon emploi car je suis trop épuisée », a indiqué Mme Pelletier.
Faute de bons soutiens publics, le conseil que Mme Pelletier donnerait aux parents qui pourraient un jour vivre une telle atrocité est de s’entourer le mieux possible de parents ou d’amis.
Avec le recul, les deux mamans n’ont qu’un seul souhait, soit que leurs filles s’en sortent sans séquelle.
« Depuis ce temps, je ne suis plus la même personne. Je ne vivrai jamais plus comme avant. Mais l’important, c’est que ma fille, elle, s’en sorte », a mentionné Mme Pelletier.