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La France peut offrir beaucoup au Canada en défense, croit l'ambassadrice

La France peut offrir beaucoup au Canada en défense, croit l'ambassadrice
Photo: La Presse Canadienne, 2026

OTTAWA — La France peut répondre à bien des besoins exprimés par le gouvernement canadien, et ce, particulièrement en matière de défense, a fait valoir la nouvelle ambassadrice française, Hélène Farnaud-Defromont, au cours d'une entrevue accordée à La Presse Canadienne.

«La France est le seul pays membre de l'Union européenne aujourd'hui à avoir conservé une base industrielle et technologique de défense complète», a soutenu celle qui est entrée en fonction le mois dernier.

Si elle a évoqué avoir bien entendu l'argumentaire du premier ministre Mark Carney, voulant que le Canada possède ce dont le monde a besoin, comme des minéraux critiques, l'ambassadrice a aussi vanté les industries françaises qui œuvrent en défense et en sécurité et qui pourraient répondre, à l'inverse, à certains besoins des autorités canadiennes.

«Ça, c'est vraiment un domaine dans lequel le dialogue peut se renforcer encore et on a des choses tout à fait intéressantes à proposer et à développer ensemble», a-t-elle dit.

Elle a souligné la participation du Canada au programme européen appelé SAFE, qui vise à accélérer les achats en matière de défense par les États membres de l'Union européenne (UE).

Ottawa a officialisé son adhésion en février 2026 à ce programme de 150 milliards d'euros qui permet d'obtenir des prêts à faible taux d'intérêt pour acheter du matériel militaire et des armes dans le contexte des efforts destinés à affranchir le continent européen de sa dépendance envers les États-Unis.

La participation canadienne vise à ce que des entreprises d’ici s’associent à leurs homologues européennes pour soumissionner à des projets communs et bénéficier de conditions de financement avantageuses. Jusqu'à présent, un seul contrat concernant le Canada a émergé de l'initiative.

L'ambassadrice française au Canada a mentionné la présence d'«un tissu industriel français très présent au Canada».

«On a certaines entreprises françaises qui sont présentes depuis des décennies, en fait, qui ont ouvert des usines, des chaînes de production au Canada sur tout le territoire. On en a d'autres qui sont plus jeunes, qui sont des entreprises, des start-up, des petites entreprises, notamment dans le domaine (des) nouvelles technologies qui ont envie de venir s'implanter ou de se développer au Canada.»

Le gouvernement Carney s’apprête à débloquer des sommes colossales pour respecter son engagement ambitieux auprès de l’Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN), c'est-à-dire celui consacrer l’équivalent de 5 % du PIB à la défense d’ici 2035.

Dans une note publiée la semaine dernière, le bureau de la directrice parlementaire du budget, Annette Ryan, évalue que, d’ici 2035, Ottawa devra dépenser pas moins de 163,6 milliards $ pour respecter son engagement de base envers l’OTAN, qui se situe, lui, à hauteur de 3,5 % du PIB.

Le président américain Donald Trump a, au fil du temps, mis à rude épreuve les relations entre États membres de l'OTAN, notamment en ayant accusé l'Europe et le Canada d'avoir profité indûment des dépenses américaines en défense.

Mme Farnaud-Defromont n'a pas mentionné le locataire de la Maison-Blanche en abordant la place de la France au sein de l'OTAN, mais a fait allusion à la «situation» au sein de l'organisation, la qualifiant de «quand même très confuse, pour le moins».

«Beaucoup de pays européens aujourd'hui reconnaissent aussi la nécessité entre Européens d'être en capacité de se défendre, tout simplement, d'identifier les menaces et d'y répondre et c'est donc quelque chose, là aussi, qu'on peut discuter, qu'on souhaite discuter avec le Canada.»

SAFE prévoit qu'au moins 65 % des coûts de composants soient originaires d'Europe, a rappelé l'ambassadrice.

«L'idéal pour nous, ce serait d'arriver à du 100 % européen, mais, encore une fois, nous sommes réalistes. On sait qu’on va tous et toutes avoir besoin d'un peu de temps pour aller à cet objectif», a-t-elle résumé.

La France, membre fondateur de l'OTAN, a toujours voulu préserver son autonomie en matière de défense.

«L'OTAN avait besoin, évidemment, d'intervenir, mais on l'a fait en souhaitant être en capacité à tout moment de pouvoir décider seul à la fois de nos objectifs stratégiques et des moyens qu'on emploie pour les remplir, a-t-elle expliqué. Donc, ça a été, en particulier sur le plan nucléaire, le souhait très fort depuis de Gaulle, d'avoir une capacité nucléaire autonome, complètement autonome qui dépend uniquement du président de la République française, quel qu'il soit.»

La guerre en Ukraine reste une préoccupation de première heure pour l'Europe, a-t-elle insisté, notant la question de proximité géographique, mais aussi de défense des valeurs européennes.

«À l'échelle du Canada, qui est un très grand pays, c'est vraiment très proche et nous sommes donc extrêmement préoccupés et inquiets», a conclu l'ambassadrice

- Avec des informations de Dylan Robertson et Kyle Dugan

Émilie Bergeron, La Presse Canadienne