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La première ministre de l'Alberta vote pour que la province reste au sein du Canada

La première ministre de l'Alberta vote pour que la province reste au sein du Canada
Photo: La Presse Canadienne, 2026

EDMONTON — La première ministre de l’Alberta, Danielle Smith, a déclaré avoir officiellement voté lors du référendum sur l'indépendance de la province — et son vote va en faveur d’un Canada uni.

«Nous avons constaté récemment d’importants progrès dans la lutte contre les lois et les politiques injustes qui ont nui à l’Alberta», a déclaré Mme Smith dans une vidéo publiée mercredi sur les réseaux sociaux, dans laquelle elle annonçait avoir voté plus tôt dans la journée.

Elle a reconnu que de nombreux Albertains étaient frustrés par le gouvernement fédéral, mais a souligné que la province commençait à enregistrer des avancées dans le cadre de projets majeurs, notamment celui d’un nouvel oléoduc vers la côte de la Colombie-Britannique.

Mme Smith a encouragé ses concitoyens albertains à voter pour le maintien dans la Confédération. Elle affirme depuis longtemps qu’elle voterait pour que la province reste au sein du Canada.

«Le Canada peut encore fonctionner, a-t-elle soutenu. Nous devons simplement apporter quelques changements.»

Le scrutin aura lieu officiellement lundi, mais le vote par anticipation a débuté cette semaine.

L'indépendance, mais pas que

Mme Smith a inscrit dix questions sur le bulletin de vote, dont l’une demande aux Albertains s’ils souhaitent rester au Canada ou organiser un deuxième référendum contraignant sur la sortie de la Confédération.

Les neuf autres questions portent sur les propositions avancées par Mme Smith en matière d’immigration et de réforme constitutionnelle. Son gouvernement sollicite l’approbation des Albertains pour obtenir davantage de contrôle sur l’immigration, ainsi que de nouvelles règles et de nouveaux frais pour les nouveaux arrivants.

Il sollicite également l’accord des Albertains pour poursuivre la collaboration avec d’autres provinces en vue de modifier la Constitution et de transférer davantage de pouvoirs aux provinces.

Mme Smith a de nouveau exhorté les Albertains à voter «oui» à ces neuf questions.

«C’est en votant “oui” aux questions 1 à 9 que nous ferons passer le message à Ottawa que les provinces ont besoin de plus d’autonomie et de respect si l’on veut que le Canada soit plus fort et unifié», a-t-elle affirmé.

Le vote par anticipation s'est ouvert mardi et s’achève samedi. Selon Elections Alberta, la première journée a été très animée, avec près de 175 000 électeurs qui se sont rendus aux urnes.

Le chef de l’opposition, Naheed Nenshi (NPD), figurait parmi ceux qui ont voté mardi. Il a encouragé les Albertains à rejeter les neuf propositions du gouvernement du Parti conservateur uni et à voter pour rester au sein du Canada.

Fort taux de participation

Michelle Gurney, porte-parole de l’organisme, a indiqué que la participation de mardi était supérieure à la moyenne quotidienne de près de 152 000 personnes enregistrée pendant la période de vote anticipé des élections provinciales de 2023.

Mme Gurney a précisé que quelques bureaux de vote anticipé étaient restés ouverts tard mardi pour accueillir les personnes qui faisaient la queue avant 20 heures, dont un qui est resté ouvert trois heures après l’heure de fermeture prévue.

Des problèmes techniques dans 17 bureaux de vote ont également contraint certains d’entre eux à rester ouverts plus tard afin de rattraper le retard pris lors de leur ouverture.

Des problèmes sont également survenus mercredi, lorsque des vents violents ont provoqué des coupures de courant dans l'après-midi dans deux bureaux de vote ruraux situés au nord d'Edmonton.

Elections Alberta a indiqué s’attendre à une participation record pour ce référendum et a constaté un intérêt sans précédent pour les demandes de vote par correspondance le mois dernier.

Mme Gurney a déclaré mercredi que près des deux tiers des quelque 658 000 bulletins spéciaux demandés avaient désormais été renvoyés avant l’échéance fixée à 17 heures vendredi.

Clivages

Les sondages indiquent qu’une large majorité d’Albertains souhaite rester au Canada, mais le débat a parfois été acrimonieux, divisant familles et voisins.

À Coutts — un minuscule village situé à la frontière américaine qui est devenu le point névralgique des manifestations anti-gouvernementales liées à la COVID-19 —, la guerre des pancartes fait rage.

Mercredi, plusieurs pancartes pro-Canada et drapeaux canadiens flottaient sur les pelouses de nombreux habitants, faisant contrepoids à un nombre équivalent de pancartes appelant l’Alberta à se détacher du Canada.

Une maison arborait fièrement un drapeau de la République de l’Alberta à côté d’un drapeau de l’État du Montana.

Coutts a fait la une des journaux début 2022 dans le cadre du mouvement plus large du «Freedom Convoy» qui a éclaté à travers le Canada pour protester contre l’obligation vaccinale contre la COVID-19 et les restrictions de santé publique. Des camions et des véhicules ont bloqué le point d’accès américain pendant deux semaines, paralysant la circulation et perturbant les échanges commerciaux.

L’ancien premier ministre de l’Alberta, Jason Kenney, a expliqué qu’après la pandémie, les manifestants s’étaient tournés vers le séparatisme.

Jim Willett, 78 ans, maire de Coutts pendant le blocus des camionneurs, partage cet avis.

«Ils ont simplement changé de drapeau. Ce sont les séparatistes locaux qui adhèrent aux théories du complot et à tout ça», a relevé M. Willett, qui arbore une pancarte «Forever Canadian» et deux drapeaux canadiens dans son jardin.

M. Willett, qui a grandi au Texas, dit comprendre ce sentiment d’aliénation.

«Je sais ce que c’est que de vivre dans une région où l’on est d’abord Texan, puis Américain, a-t-il raconté. On n’aimait pas qu’on nous dise ce qu’il fallait faire, et je peux comprendre ce sentiment ici.»

Scott MacCumber, l’actuel maire de Coutts, a décliné notre demande d’entrevue.

William Harty, 72 ans, qui gère le Double Tree Motel dans le village depuis un quart de siècle, a déclaré qu’il soutenait la décision d’organiser un référendum. Il a toutefois précisé qu’il n’était pas favorable l'indépendance de l'Alberta.

«Je pense que c’est une bonne façon d’envoyer un message, mais je veux rester au Canada», a-t-il dit.

«Si nous nous séparons (le président américain Donald) Trump pourrait intervenir et prendre le contrôle.»

Il a ajouté que l’organisation de ce référendum pourrait être ce qu’il faut pour attirer l’attention d’Ottawa.

«Ils tirent beaucoup plus d’argent de l’Alberta, a-t-il déclaré. Soyez un peu plus équitables.»

Jack Farrell, La Presse Canadienne