Nous joindre
National

Mississauga approuve un moratoire d'un an sur les centres de données d'IA

Mississauga approuve un moratoire d'un an sur les centres de données d'IA
Photo: La Presse Canadienne, 2026

Le conseil municipal de Mississauga a voté à l'unanimité mercredi en faveur d'un gel d'un an des nouveaux projets de centres de données, devenant ainsi la dernière municipalité à mettre un frein à ce développement alimenté par l'intelligence artificielle.

Cette pause est présentée comme une occasion d’étudier les mesures de protection que la ville pourrait mettre en place autour des nouveaux centres de données, alors que les élus locaux sont confrontés aux inquiétudes des habitants concernant les éventuels impacts en matière d’énergie, d’eau et de nuisances sonores.

«Nous avons entendu votre message haut et fort», a déclaré Martin Reid, le conseiller municipal à l’origine de ce moratoire, lors de la réunion du conseil de mercredi.

Les municipalités sont en première ligne d’un débat sur la manière de gérer une nouvelle vague de projets de centres de données qui fleurissent partout en Ontario. Alors que la province accueille depuis longtemps des centres de données d'infonuagique, de transactions financières ou d’hébergement de sites web, l’essor de l’IA a entraîné une explosion de projets aux besoins énergétiques bien plus importants.

La province et le gouvernement fédéral ont largement soutenu le développement de ces centres de données, y voyant une occasion d’exercer un plus grand contrôle sur l’économie numérique et d’attirer les investissements. Ils font cependant face à une opposition qui affirme que les villes se retrouvent sans directives précises ni normes applicables.

«C’est un peu le Far West», a affirmé M. Reid.

Le moratoire de Mississauga s’applique aux centres de données dont la consommation énergétique dépasse 10 mégawatts, soit suffisamment d’électricité pour alimenter environ 10 000 foyers.

La ville emboîte le pas à sa voisine Oakville, qui a adopté le mois dernier le premier moratoire de la province. D’autres villes, notamment Hamilton et Burlington, ont chargé leurs services municipaux de mener des études de planification concernant les centres de données, mais ont rejeté l’idée d’un moratoire.

Sous la pression des municipalités, l’Ontario a publié le mois dernier un projet de «guide pratique» pour les nouveaux projets de centres de données.

Le premier ministre ontarien, Doug Ford, s’est montré critique à l’égard des moratoires et a présenté les centres de données comme des investissements prometteurs. Il a déclaré que les projets devraient prendre en charge l’intégralité de leurs coûts d’électricité et démontrer leurs avantages pour la communauté.

Ce guide est encourageant, mais manque de mordant, selon M. Reid.

«Il n’y a aucun recours, a-t-il ajouté. C’est pourquoi ce moratoire est essentiel pour nous en ce moment, afin de garantir que Mississauga soit sur la bonne voie pour réussir.»

Ce vote semble mettre en suspens un projet de centre de données de 40 mégawatts dans le nord-ouest de la ville, porté par Prologis, une grande entreprise dont le siège social est situé aux États-Unis.

Le site se trouve juste au sud de l’autoroute 401, à proximité d’un entrepôt Ikea, près d’un poste électrique et à environ un kilomètre du quartier résidentiel le plus proche. Dans un communiqué, l’entreprise a déclaré qu’elle était déçue par ce vote et qu’elle réfléchissait à la marche à suivre.

«Nous restons engagés envers Mississauga et sommes convaincus qu’un centre de données soigneusement planifié au parc d'affaire de Meadowvale peut apporter des avantages économiques significatifs à long terme à la communauté», peut-on lire dans le communiqué.

Cela marque ce qui pourrait être un revirement important pour un projet qui avait initialement reçu un accueil favorable de la part des conseillers municipaux.

Lorsque le projet a été présenté à une commission d’urbanisme en mars, M. Reid s’était dit enthousiaste et avait salué son potentiel de renforcement de l’assiette fiscale de la ville.

Après que la commission a voté en faveur de la poursuite de la procédure pour permettre au projet de faire l’objet d’un travail supplémentaire avec les services municipaux, la maire Carolyn Parrish a déclaré: «Qui refuserait Prologis? Je n’ai encore vu personne le faire.»

Ce ton a changé à mesure que les habitants ont pris connaissance du projet, soulevant un certain nombre de préoccupations liées, entre autres, à sa consommation d’énergie, aux générateurs de secours et à son emplacement dans une plaine inondable.

Une réunion publique, à laquelle ont participé des habitants et des représentants de Prologis, a contribué à convaincre M. Reid de proposer un moratoire, a-t-il indiqué.

Jordan Omstead, La Presse Canadienne