C.-B.: un policier affirme qu'un homme a été maintenu face contre terre avant sa mort

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Par La Presse Canadienne, 2026
VANCOUVER — Lundi, lors de l'audience publique concernant la mort de Myles Gray en 2015, survenue lors d'une intervention policière, un policier de Vancouver a témoigné que M. Gray, menotté et entravé, s'était débattu pendant plusieurs minutes, maintenu face contre terre par les policiers, avant de perdre connaissance.
Le témoignage de l'agent John Gravengard contredit celui d'un autre policier qui avait déclaré la semaine dernière, lors de l'audience, que M. Gray était en position latérale de sécurité, puis s'était mis face contre terre pendant une dizaine de secondes avant de cesser de respirer.
M. Gravengard a expliqué qu'à son arrivée sur les lieux, il avait trouvé trois autres policiers en train de maîtriser M. Gray. Il leur avait prêté main-forte en posant ses genoux sur les jambes de de M. Gray, tandis que les autres policiers lui maintenaient les bras et les entraves qui lui immobilisaient les pieds.
Il a ajouté que M. Gray s'était débattu pendant six ou sept minutes dans cette position, donnant des coups de hanche et contractant ses ischio-jambiers tout en crachant et en criant, avant de perdre connaissance. Il a précisé qu'à un moment donné, M. Gray avait réussi à se dégager de M. Gravengard.
«J'ai perdu l'équilibre, je suis tombé et j'ai dû me repositionner», a-t-il raconté lors de l'audience.
M. Gravengard a affirmé ne pas se souvenir qu'un agent ait suggéré de placer M. Gray en position latérale de sécurité avant ce moment.
L'enquête du Bureau du commissaire aux plaintes contre la police porte sur les agissements de sept policiers de Vancouver impliqués dans cette altercation violente. Ces policiers ont tous été blanchis de toute inconduite en 2024 par une instance disciplinaire policière.
M. Gravengard ne fait pas partie des agents visés par l'enquête.
Des récits qui divergent
Son récit diffère du témoignage de l'agent Chris Bowater, qui a déclaré la semaine dernière lors de l'audience que M. Gray était en position latérale de sécurité lorsqu'il a fait une «torsion rapide» et s'est «jeté face contre terre dans l'herbe» pendant «environ 10 secondes» avant d'être retourné et de sembler cesser de respirer.
M. Bowater, un ancien ambulancier paramédical qui n'est pas non plus visé par l'enquête, a témoigné que M. Gray a ensuite été démenotté et retourné sur le dos afin de commencer les compressions thoraciques.
L'enquête du coroner en 2023 a révélé que Gray avait subi de nombreuses blessures, notamment une fracture de l'orbite, un écrasement du larynx et une rupture des testicules.
Le jury du coroner a conclu à un homicide. Les enquêtes du coroner ne permettent pas de déterminer la faute pénale ; un homicide signifie un décès dû à des blessures intentionnellement infligées par une autre personne.
La police avait initialement été appelée suite à une plainte concernant un homme qui avait aspergé une femme d'eau à l'aide d'un tuyau d'arrosage.
Lors de l'enquête du coroner, la police a indiqué que M. Gray avait fait preuve d'une force surhumaine et se comportait de manière bestiale. Il ne semblait pas ressentir de douleur lorsqu'ils l'ont frappé et plaqué au sol.
M. Gravengard a fait des déclarations similaires au Bureau des enquêtes indépendantes après le décès en 2015 ; ces déclarations ont été lues lors de l'audience de lundi. Il avait alors indiqué que M. Gray semblait posséder une force surhumaine.
«Ce que l'on apprend lorsqu'on est sous l'emprise de la cocaïne, en proie à une psychose ou à un délire agité, c'est que l'on a le potentiel d'être plus fort que l'on ne l'est réellement», a-t-il expliqué dans le communiqué lu à l'audience lundi.
M. Gravengard a également déclaré lundi à l'audience qu'il ignorait queM. Gray avait perdu connaissance lorsqu'il est arrivé sur les lieux.
Plus tard lundi, une deuxième agente a témoigné avoir elle aussi vu M. Gray allongé sur le ventre, les mains menottées dans le dos.
L'agente Tiffany Tan a expliqué à l'audience qu'elle était «toute nouvelle» dans les forces de l'ordre et qu'elle s'était rendue sur les lieux avec M. Bowater, qui était alors son formateur.
Mme Tan a expliqué lundi qu'elle était arrivée quelques minutes après M. Bowater et qu'elle avait vu M. Gray allongé sur le ventre, «les jambes étendues et entravées», les mains menottées dans le dos.
Elle a ajouté que «quelques minutes» plus tard, quelqu'un avait remarqué que M. Gray ne respirait plus. Elle a déclaré être restée sur les lieux pendant environ 30 minutes, tandis que M. Bowater et d'autres personnes pratiquaient la réanimation cardio-respiratoire sur l'individu, jusqu'à ce qu'un ambulancier constate le décès.
L'audience examine également si les policiers ont commis une négligence dans l'exercice de leurs fonctions en omettant de prendre et de conserver des notes contemporaines ou de fournir leurs rapports ou déclarations en temps opportun.
Brieanna Charlebois, La Presse Canadienne