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Des documents révèlent le lobbyisme mené en coulisses par Uber à Halifax

durée 12h40
18 mai 2026
La Presse Canadienne, 2026
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4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

HALIFAX — Des documents récemment publiés révèlent que le maire d’Halifax, Andy Fillmore, a rencontré un lobbyiste d’Uber la veille du jour où il a convaincu le conseil municipal de reporter le vote sur une proposition visant à renforcer la surveillance des chauffeurs de voiturage.

Les documents obtenus par La Presse Canadienne révèlent que le lobbyiste Jonathan Hamel a fait une présentation à M. Fillmore le 12 janvier, exhortant le maire à s'opposer aux modifications du règlement visant à harmoniser la manière dont les vérifications des antécédents sont effectuées pour les chauffeurs de voiturage et les chauffeurs de taxi et de limousine traditionnels.

Parmi les 40 pages de documents figure un diaporama qui met en avant les normes de sécurité d'Uber et ses contributions à la communauté, ainsi que des critiques acerbes à l'égard de l'amendement proposé.

La municipalité ne dispose pas d’un registre des lobbyistes, ce qui signifie que les détails de la réunion et la correspondance associée n’auraient pas été divulgués au public sans une demande officielle en vertu de la loi provinciale sur l’accès à l’information.

Les documents montrent que M. Hamel, responsable des affaires publiques pour Uber Canada au Québec, a échangé de nombreux courriels avec des cadres supérieurs du bureau de M. Fillmore entre octobre et novembre 2025. Le conseil municipal s'apprêtait alors à débattre des modifications recommandées dans un rapport du personnel.

Le rapport indiquait qu’en vertu des règles existantes, les chauffeurs de taxi et de limousine doivent soumettre les résultats de toutes les vérifications d’antécédents à la municipalité régionale d’Halifax (MRH) pour examen, mais que les chauffeurs de services de voiturage ne sont pas tenus de le faire.

Au lieu de cela, leurs vérifications sont remises aux entreprises, qui procèdent à des examens internes.

Les vérifications des antécédents concernent le casier judiciaire et les allégations de maltraitance d'enfants, en plus d'une vérification policière spéciale qui est effectuée pour les personnes travaillant avec des personnes vulnérables.

Dans le cadre d’une initiative plus large visant à moderniser le secteur des services de transport à la demande de la région, le rapport du personnel recommandait que les chauffeurs de services de voiturage soient soumis aux mêmes exigences que leurs collègues chauffeurs de taxi.

En réponse, M. Hamel a envoyé un courriel au bureau du maire le 19 novembre 2025, faisant valoir que le processus de vérification d'Halifax était déjà le plus rigoureux au Canada.

«Les règlements municipaux actuels d’Halifax imposent déjà aux chauffeurs de taxi et de voiturage des normes de sélection identiques et confèrent à la MRH de solides pouvoirs d’audit et d’application», a fait valoir M. Hamel dans un courriel adressé à Duncan Robertson, conseiller politique de M. Fillmore.

«Le maintien du cadre actuel d’Halifax — qui garantit déjà des normes de sécurité rigoureuses et une surveillance efficace — est l’approche la plus équilibrée et la plus moderne.»

Uber a souvent avancé que les responsables municipaux ont toujours eu le pouvoir, en vertu d’un accord de partage de données, de demander des vérifications d’antécédents.

Mais le responsable des licences de la région a confirmé en janvier que le personnel n’avait jamais soumis une telle demande. Steven Berkman a déclaré au conseil qu’il ne savait pas pourquoi il en était ainsi.

Dans le même temps, Uber a fait pression sur les conseillers municipaux le 9 janvier en publiant un communiqué encourageant ses chauffeurs à envoyer des plaintes concernant les propositions.

Les élus ont par la suite déclaré avoir reçu des centaines de courriels, même si certains ont précisé que bon nombre de ces messages se plaignaient principalement de la faiblesse des salaires.

Lors de la réunion du conseil municipal du 13 janvier, M. Fillmore a obtenu l’accord de reporter la discussion sur cette question jusqu’à une réunion ordinaire du conseil deux semaines plus tard.

Discours similaire

Le 26 janvier, la veille de cette réunion, la porte-parole d’Uber, Keerthan Rang, a envoyé par courriel un communiqué à La Presse Canadienne affirmant que les changements proposés n’apporteraient pas d’avancées significatives en matière de sécurité.

Elle a également soutenu la proposition du maire de nommer un comité chargé de définir la voie à suivre.

«Ce groupe examinerait les objectifs de politique publique de la MRH à la lumière des meilleures pratiques en vigueur à travers le Canada, en mettant particulièrement l’accent sur les modèles de formation, d’audit et de conformité utilisés par les organismes de réglementation municipaux et provinciaux», a écrit Mme Rang.

Lors de la réunion du conseil municipal du 27 janvier, M. Fillmore a proposé de suspendre les modifications et de nommer le comité, ce que le conseil a approuvé.

La requête de M. Fillmore montre clairement qu’Uber a influencé l’approche du maire. Une partie de sa requête est pratiquement identique à un passage de la déclaration de Mme Rang.

Le maire a déclaré au conseil que le nouveau comité «examinerait les objectifs de politique publique de la municipalité à la lumière des meilleures pratiques en vigueur à travers le Canada, en mettant particulièrement l’accent sur la formation, l’audit, les approches en matière d’octroi de licences et les modèles de conformité utilisés par les organismes de réglementation municipaux et provinciaux».

M. Fillmore a décliné une demande d'entrevue et son bureau n'a pas répondu à une question concernant les similitudes entre la déclaration d'Uber et sa requête.

Son bureau a plutôt envoyé une déclaration indiquant qu’il rencontrait régulièrement les parties prenantes, y compris des représentants des entreprises de transport et du secteur des taxis.

«La position du maire tout au long de cette discussion a été cohérente: les exigences de sécurité pour les chauffeurs (de voiturage) sont importantes et existent déjà dans le cadre actuel», a soutenu le porte-parole du maire, Ryan Nearing, dans le communiqué.

Michael MacDonald, La Presse Canadienne