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Des entrepreneurs se mobilisent pour la Banque de la défense à Montréal

durée 20h01
17 juin 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

QUÉBEC — Le milieu des affaires se mobilise à Montréal pour obtenir le siège de la Banque de la défense, de la sécurité et de la résilience (Banque DSR): des promoteurs proposent une solution clé en main, un immeuble tout neuf, en vue d'accueillir la nouvelle institution que Montréal convoite.

Ils espèrent ainsi donner des atouts à la métropole qui doit rivaliser avec Toronto, Vancouver et Ottawa.

Le groupe de trois entreprises, dont l'agence Sid Lee, a converti à cet effet un projet de tour prévu pour un hôtel en plein centre-ville, Place du Canada, afin d'accueillir sur quelques étages la Banque DSR.

La facture s'élèverait à 200 millions $ et le chantier pourrait être complété en 36 mois.

Dans une entrevue avec La Presse Canadienne diffusée jeudi, l'architecte cofondateur de Sid Lee, Martin Leblanc, a précisé que personne n'avait demandé aux promoteurs de se pencher sur le scénario de Banque DSR, mais que c'était leur façon de contribuer à la candidature de Montréal.

Le projet précédent était déjà bouclé et le financement était déjà assuré, mais son groupe s'est lancé dans l'aventure quand même.

«On veut que Montréal reste dans la course, a-t-il lancé. On va donner (à Montréal) une carte de plus.»

Il a appelé à une collaboration public-privé, notamment avec la Ville de Montréal et Investissement Québec.

«C'est un appel au partenariat. Arrêtons de se mettre des bâtons dans les roues, tissons des liens ensemble», a-t-il déclaré, en souhaitant ainsi une meilleure coordination et une concordance dans les réglementations du Québec, du fédéral et de la Ville.

Selon lui, une organisation internationale comme la Banque DSR, pour marquer son arrivée et se faire connaître, peut être à la recherche d'un immeuble distinctif, moderne, sécuritaire, bien situé, accessible en transport en commun, une «adresse complète» qui propose donc aussi un hébergement, mais aussi des services tout autour.

La tour s'élèverait au-dessus d'une institution emblématique de Montréal, la Taverne Dominion, qui serait intégrée au projet.

M. Leblanc évoque d'ailleurs une inspiration, Londres, où les financiers de la City peuvent terminer leur journée au pub.

Montréal devra faire valoir tous ses atouts dans cette course qui pourrait être serrée.

C'est pourtant à Montréal, en avril, lors d'une rencontre internationale, que les représentants de 18 États ont choisi le Canada pour accueillir le siège de la Banque DSR... mais il reste donc au fédéral à choisir la ville hôtesse.

Le gouvernement Fréchette fait pression pour que la métropole soit favorisée, mais le gouvernement de Doug Ford en Ontario joue ses cartes.

On apprenait d'ailleurs en mai que des promoteurs ontariens, dans les coulisses, moussaient la stabilité de Toronto, pour faire ressortir la menace qui plane sur l'avenir du Québec, si le Parti québécois forme le prochain gouvernement aux élections d'octobre et tient un référendum sur l'indépendance.

La première ministre Christine Fréchette a fait valoir que Montréal a «besoin de cette organisation» et qu'elle a «l’expertise en finance, l’expertise en défense, ainsi que l’industrie aérospatiale», en plus d'avoir une population «polyglotte».

Elle a livré son plaidoyer au premier ministre Mark Carney lui-même, en plus de «présenter les atouts de la candidature de Montréal» au président français Emmanuel Macron, en mai à Paris, un «acteur d'influence» selon elle, mais qui ne s'est pas avancé sur le terrain délicat d'un débat de politique intérieure canadienne.

Mme Fréchette a déjà évoqué 3000 emplois potentiels avec la venue éventuelle de cette banque.

Mais dans une entrevue à Radio-Canada, la négociatrice en chef du Canada dans le dossier de la Banque DSR, Isabelle Hudon, a été plus prudente et a refusé de confirmer un nombre d’emplois aussi élevé.

M. Leblanc a pour sa part indiqué que de 1500 à 2000 personnes pourraient travailler dans les espaces que son groupe a conçus pour accueillir la banque.

La Banque de la défense serait en quelque sorte un mécanisme international de financement de la défense, qui viserait à réduire les coûts d’emprunt pour les dépenses militaires.

Elle répondrait ainsi à un certain besoin, car un grand nombre d’États occidentaux dont le Canada révisent actuellement à la hausse leurs budgets militaires et procèdent à des investissements massifs.

«Ce financement procurera ainsi des avantages pour les gouvernements membres et les entreprises du secteur de la défense, plus précisément les petites et moyennes entreprises», a indiqué le gouvernement fédéral.

Également, «la Banque de la défense, de la sécurité et de la résilience contribuera aussi à renforcer la collaboration avec les alliés et les partenaires aux vues similaires en matière de défense et de sécurité, et appuiera les pays membres dans leurs efforts d’accroître les investissements en défense», a-t-on précisé.

Rappelons qu'en 2017, le gouvernement libéral de Philippe Couillard souhaitait obtenir pour Montréal le siège de la Banque fédérale des infrastructures, mais avait été coiffé par... Toronto. La Coalition avenir Québec (CAQ) avait à l'époque dénoncé cette «défaite amère».

Patrice Bergeron, La Presse Canadienne