Granulomatose septique chronique:le patient soigné au CHUSJ est essentiellement guéri

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — On peut essentiellement considérer que le patient dont la granulomatose septique chronique (GSC) a été traitée en grande première mondiale l'an dernier au CHU Sainte-Justine est «guéri», se réjouit le médecin qui a supervisé son traitement à Montréal.
Le docteur Élie Haddad et ses collègues avaient utilisé, le printemps dernier, une thérapie génique appelée «prime editing» pour corriger, directement dans les cellules souches hématopoïétiques du patient, la mutation génétique responsable de cette grave maladie du système immunitaire.
Et même s'il faut toujours faire preuve d'une grande prudence avant d'évoquer une guérison en lien avec une thérapie aussi sophistiquée face à laquelle on ne dispose que de peu de recul, il est difficile, un an plus tard, de ne pas annoncer au patient qu'il est «guéri», a admis le docteur Haddad.
«C'est comme si alors qu'on pense au fond de nous-mêmes qu'il y a de fortes chances qu'il soit guéri, c'est comme si on refuse de lui donner une bonne nouvelle et qu'on lui laisse toujours une épée de Damoclès au-dessus de la tête», a dit le chercheur, dont l'enthousiasme est palpable même au téléphone.
Cela étant dit, on ne détecte pour le moment chez ce patient de 18 ans «aucun symptôme de quoi que ce soit», environ les trois quarts des globules blancs malades ont été corrigés («c'est stable, c'est exactement ce que nous avions au début») et «cette stabilité suggère très fortement que ça va durer tout le temps, donc c'est parfait, on est très très contents et il a une vie normale», a applaudi le docteur Haddad.
Dans une mise à jour publiée tout récemment par le prestigieux New England Journal of Medicine, l'équipe dont est membre le docteur Haddad rapporte également des données extrêmement encourageantes pour un deuxième patient qui a profité de la même thérapie.
«Ces résultats démontrent que le 'prime editing' peut permettre d'obtenir des niveaux élevés de correction précise et, associés aux données cliniques, ils viennent étayer le développement de cette approche en tant que plateforme thérapeutique pour la GSC et d'autres maladies génétiques», écrivent-ils.
Même s'il fait sa vie en Colombie-Britannique, et même si tout ce qui peut être délégué à Vancouver l'est, le jeune patient continue à visiter régulièrement le CHU Sainte-Justine pour que les chercheurs puissent garder un oeil sur l'évolution de la situation.
«On le surveille comme le lait sur le feu pour être sûr qu'on ne passe pas à côté de quelque chose, a dit le docteur Haddad, qui est l'investigateur principal de l’essai clinique pour le CHU Sainte-Justine et professeur à la faculté de médecine de l’Université de Montréal. Le meilleur signe c'est quand le patient en a marre de venir. S'il a l'impression qu'il vient pour rien, ça, ça veut dire qu'il est en voie de guérison.»
Du rêve à la réalité
Le traitement habituel de la GSC ressemble à celui utilisé contre certaines leucémies (: la moelle osseuse du patient ― où se forment les globules blancs du système immunitaire ― est détruite avec une chimiothérapie très agressive, puis on lui greffe la moelle osseuse saine d’un donneur.
Il s’agit toutefois, pour le patient, d’un traitement très pénible qui s’accompagne de plusieurs risques, comme celui de voir l’organisme rejeter la greffe.
La technique «prime editing» évite certains de ces problèmes. Dans un premier temps, la chimiothérapie préparatoire, si elle n’a rien d’une partie de plaisir, est un peu moins «brutale» pour le patient. Par la suite, puisque ce sont ses propres cellules hématopoïétiques qui lui sont redonnées après une édition génique en laboratoire, aucun rejet n’est possible. Le taux de survie devrait donc, en théorie, passer de 80 % ou 90 % à 100 %.
La thérapie génique telle qu’on la connaissait jusqu’à présent, avait expliqué le docteur Haddad l'an dernier, consistait à remplacer un gène défectueux par un nouveau gène sain.
Le «prime editing» passe au niveau supérieur et permet de corriger pratiquement n’importe quelle mutation, a dit le docteur Haddad, qui utilise des expressions comme «révolution», «baguette magique», «absolument génial» et «complètement fou» quand il discute de la technique.
Et tout ça n'est probablement qu'un début: des maladies génétiques présentes dès la naissance aux mutations génétiques acquises en cours de route comme le cancer, on n'a encore rien vu des capacités du «prime editing», a-t-il prédit.
«Un succès comme celui-là démontre qu'on est capable de corriger une anomalie génétique, a conclu le docteur Haddad. Et étant donné le nombre de maladies absolument incroyables qui dépendent d'une mutation génétique, ça ouvre la porte à corriger beaucoup d'autres maladies, au moins conceptuellement. (...) On ne vend plus du rêve, on vend de la réalité.»
Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne