Habiter dans «un thermos géant» incarne l’avenir du secteur immobilier

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Par La Presse Canadienne, 2026
Le phénomène de la construction durable prend de plus en plus d’ampleur au Québec.
Le concept de «maison passive» s’inscrit dans cette tendance et incarne l’avenir du secteur immobilier résidentiel, selon le président de Landmark Passivhaus, Keven Laporte, rencontré au Salon national de l’habitation, qui se déroule jusqu’à dimanche au Palais des congrès de Montréal.
«C’est le futur qu'on bâtit présentement!», lance avec enthousiasme en entrevue celui qui a pris la relève de Jim Iredale, un pionnier québécois de cette spécialité, il y a quatre ans, en plus d’être à la tête de Construction K. Laporte, qui bâtit d’autres genres de maisons écoresponsables, aux normes moins strictes, depuis une quinzaine d’années.
Le principe d’une «maison passive» repose sur cinq piliers fondamentaux qui permettent de réduire les besoins énergétiques de manière significative: son orientation, sa structure, son isolation thermique, son étanchéité et sa ventilation optimales.
«L’orientation, c’est le point numéro un, parce que le soleil devient le chauffage principal de la maison. C’est pour ça qu’on va sauver jusqu’à 90 % d'énergie en chauffage. Ensuite, on augmente l'isolation avec des murs passifs. L'étanchéité du bâtiment est aussi importante, sinon plus, que l'isolation. On optimise également les portes, les fenêtres et le système de ventilation. Tout ça est calculé avec une modélisation», explique M. Laporte.
Ces particularités augmentent le coût de construction de 8 à 10 %. Pour l’instant, il faut entre 15 et 20 ans pour compenser le prix plus élevé grâce aux économies d’énergie.
M. Laporte croit cependant que ce n’est qu’une question de temps avant que ce type de maison gagne encore plus en popularité, puisqu’il s’attend à une forte hausse du prix de l’électricité d’ici quelques années.
«Ce qui n’aide pas présentement, c’est que le coût de l’électricité est très bas. Ce n’est donc pas un incitatif. En Colombie-Britannique ou en Ontario, où l’électricité est plus chère qu’au Québec, il y a plus de maisons passives. Mais dans cinq à dix ans, c'est sûr que l'électricité va doubler pratiquement ici, alors on va être encore plus dans le marché et abordable pour l'investissement fait versus l'économie d'énergie.»
L’entrepreneur de Mont-Tremblant, dans les Laurentides, vient de terminer la construction de sa sixième «maison passive», décrite comme «un thermos géant soigneusement conçu et fabriqué pour prévenir toutes formes de perte de chaleur (ou de gain de chaleur en été)» sur le site web de Landmark Passivhaus. M. Laporte juge que ce rythme est «vraiment bon» dans le contexte actuel.
Comme ce genre d’habitation diminue les besoins de chauffage en hiver, il souligne que les pannes de courant comme celles survenues cette semaine en raison de la pluie verglaçante ne sont plus une source de préoccupation pour les propriétaires de «maisons passives».
«La maison est pratiquement autonome, alors si vous manquez d'électricité, comme cette semaine avec le verglas, le chauffage n'est plus une inquiétude. Si vous manquez d'électricité pendant deux ou trois jours, la maison est capable de retenir la chaleur, alors vous gardez votre confort, puis au moment que le soleil va sortir, votre gain solaire va chauffer la maison.»
La «maison passive» consomme la majorité de son électricité pour les électroménagers et l’éclairage.
Pour obtenir la certification officielle Passivhaus de l’Institut CanPHI, le bâtiment doit avoir des besoins annuels en chauffage inférieurs ou égaux à 15 kWh/m2 et des demandes énergétiques totales annuelles, incluant les électroménagers, inférieures ou égales à 120 kWh/m2.
En comparaison, une maison «normale» considérée efficace utilise plus de 100 kWh/m2 par année uniquement pour le chauffage, selon l’organisme indépendant Écohabitation.
L'offre locale augmente
Pour respecter la mission écologique de son entreprise, M. Laporte tente «le plus possible de faire affaire avec des fournisseurs québécois».
«Il y a de plus en plus de fournisseurs québécois et canadiens qui vendent des produits, comme NZP Fenestration, dont les fenêtres sont assemblées au Québec. On est content de les encourager. C'est un début au Québec d'apprendre à construire des maisons passives et d'avoir des fournisseurs disponibles.»
Le kiosque de NZP (qui signifie Net zéro performance) est d’ailleurs situé tout près de celui de Landmark Passivhaus au Salon de l’habitation, dans une zone consacrée à la construction durable, signe que ce secteur est en croissance.
Le président de l’entreprise établie à Longueuil, en Montérégie, Alain Dorais, constate lui aussi un intérêt grandissant pour les produits à haute performance énergétique. «L’engouement est vraiment là», se réjouit-il.
Sébastien Auger, La Presse Canadienne