L'auteur présumé du meurtre d'un militant iranien cherchait à le «réduire au silence»

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Par La Presse Canadienne, 2026
VANCOUVER — Une déclaration sous serment déposée par Rosita Fatemi indique que sa rencontre avec Arezou Soltani et Mehdi Ahmadzadeh Razavi a eu lieu dans le stationnement du centre commercial Park Royal à West Vancouver, au cœur de la communauté iranienne de la Colombie-Britannique.
Le document mentionne qu'elle et ses deux collègues, cofondateurs d'une association à but non lucratif de la Colombie-Britannique opposée au régime iranien, s'y trouvaient pour discuter d'une action en justice intentée par un autre militant, Masood Masjoody, qui avait accusé MM. Soltani et Razavi de prôner la dictature.
M. Razavi l'avait accusée lors de la réunion d'être en contact avec M. Masjoody et lui avait pris son téléphone sans son consentement alors qu'elle tentait de réfuter cette accusation, selon sa déclaration sous serment. Au cours de cette même réunion, Mme Fatemi affirme que Mme Soltani voulait savoir comment «faire taire» quelqu'un d'une manière qui «paraisse naturelle».
«Elle m’a également demandé une substance médicamenteuse pour "se débarrasser de lui". D’après le contexte de la discussion, j’ai compris qu’elle faisait référence au plaignant (Masjoody) et qu’elle voulait le faire assassiner», a-t-elle affirmé.
La déclaration sous serment a été déposée le 28 janvier dans le cadre du procès intenté par M. Masjoody contre Mme Soltani, M. Razavi, la fondation et d'autres personnes.
Cinq jours plus tard, M. Masjoody a été porté disparu par ses voisins à Burnaby, en Colombie-Britannique. Puis, le 6 mars, son corps a été découvert à Mission, dans cette même province.
Mme Soltani et M. Razavi ont été accusés de meurtre au premier degré dans le cadre de cette affaire, même si la police n’a pas précisé les circonstances de la mort de M. Masjoody.
Interrogés quelques jours après l'annonce des accusations de meurtre, les enquêteurs ont déclaré que la police n'avait initialement pas connaissance des allégations contenues dans la déclaration sous serment de Mme Fatemi.
Les circonstances ayant précédé la mort du mathématicien se déroulent dans un dossier judiciaire tentaculaire, résultat des nombreuses poursuites judiciaires intentées par M. Masjoody, qui ont tellement accaparé les tribunaux qu’un juge l’a qualifié de «plaideur vexatoire», le fustigeant pour avoir gaspillé de précieuses ressources judiciaires.
M. Masjoody critiquait ouvertement tant le régime islamique iranien que la faction royaliste de la diaspora, qui soutient l’ancien prince héritier en exil Reza Pahlavi, qui se positionne actuellement pour diriger le pays au cas où le régime iranien serait renversé à la suite des campagnes de bombardements menées par les États-Unis et Israël.
M. Pahlavi a lui aussi été la cible d’une action en justice intentée par M. Masjoody, qui l’accusait de diffamation. Dans une déclaration sous serment, M. Pahlavi a nié connaître M. Masjoody et a réfuté toute implication dans un quelconque harcèlement, diffamation ou «complot» à son endroit.
M. Masjoody a intenté plusieurs procès ces dernières années, prétendant être victime de harcèlement et de diffamation. Ses manœuvres juridiques excentriques l’ont amené à se heurter à d’anciens collègues de l’université Simon-Fraser, à des juges, à des avocats, aux médias et à d’autres membres de la communauté des militants anti-régime iranien, y compris MM. Soltani et Razavi.
L'association à but non lucratif Canadian Iranian Wakuppers Foundation est enregistrée à l'adresse personnelle de M. Soltani à North Vancouver, à quelques minutes en voiture de Park Royal, juste de l'autre côté de la frontière avec West Vancouver.
Les statuts de la fondation indiquent qu’elle a été constituée dans le but «d’identifier et de dénoncer les individus, les organisations et les activités affiliés au régime islamique d’Iran, qui non seulement sapent la démocratie et violent les droits de l’homme en Iran, mais envahissent également les frontières canadiennes».
«Soutenir les personnes touchées par le régime islamique d’Iran au Canada. Sensibiliser le public à l’influence et aux activités des individus et des organisations affiliés au régime de la République islamique d’Iran, qui promeut une théocratie islamique radicale et met en danger la démocratie et les droits de la personne au Canada.»
Les documents de la fondation, obtenus par La Presse Canadienne, montrent qu'elle a été créée en juin 2023, mais la déclaration sous serment de Mme Fatemi indique qu'elle n'est plus impliquée dans ses activités quotidiennes depuis fin 2023.
M. Masjoody a intenté plusieurs poursuites judiciaires en Colombie-Britannique avant son décès. La fondation et MM. Soltani et Razavi figuraient parmi les nombreux défendeurs cités dans ses multiples actions en justice ces dernières années.
Darryl Greer, La Presse Canadienne