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L'IRCM prépare la défense contre le H5N1

durée 11h43
7 janvier 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

3 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — Bien qu'on souhaite évidemment que ça ne se produise jamais, des travaux réalisés à l'Institut de recherches cliniques de Montréal pourraient un jour permettre de freiner une transmission humaine du virus de la grippe aviaire.

Le professeur Benoît Coulombe et ses collègues ont ainsi identifié 30 protéines qu'on retrouve à la surface des cellules humaines et qui interagissent avec une protéine qu'on retrouve sur le virus H5N1.

Cinq de ces 30 protéines sont jugées particulièrement prometteuses puisqu'elles ont «un très haut niveau d'interaction (...) avec la protéine d'intérêt à la surface de H5N1», a dit le chercheur.

Encore mieux, on dispose déjà de molécules pour inhiber ces protéines humaines, ce qui signifie que certains médicaments ayant le potentiel d'empêcher le virus d'infecter les cellules sont d'emblée disponibles.

«La stratégie, c'est de trouver des protéines qui interagissent avec le virus, qui sont essentielles à son infection, puis de voir si ces protéines-là ont des inhibiteurs connus, a expliqué le professeur Coulombe. Et si elles ont des inhibiteurs connus, c'est de prendre un composé chimique qui agit comme médicament dans une maladie et de s'en servir dans une autre maladie. Dans ce cas-ci, ça serait de créer un antiviral.»

Les chercheurs montréalais ont utilisé l'outil d'intelligence artificielle AlphaFold, qui a valu à ses créateurs le prix Nobel de chimie en 2024, pour analyser 958 protéines qu'on retrouve à la surface des cellules humaines, dans le cadre du projet Interactys-AI.

Plus précisément, l'outil montre comment les protéines se plient et s’assemblent, révélant les points de contact entre un virus et nos cellules. Cette carte invisible permet aux chercheurs de repérer les «portes d’entrée» que les virus utilisent pour infecter l’organisme ― et donc, potentiellement, de verrouiller cette porte pour empêcher une infection.

«Quand on s'intéresse à comprendre comment les virus interagissent avec nos cellules pour les infecter, il y a une protéine ou des protéines à la surface du virus, et une protéine ou des protéines à la surface des cellules humaines qui interagissent ensemble, et c'est ce qu'AlphaFold nous a permis de voir et de décrire», a expliqué le professeur Coulombe.

La différence est «double», a-t-il ajouté, «parce que là, il y a la structure des protéines, et aussi les interactions».

En identifiant dès maintenant «des cibles exploitables et des molécules disponibles», a dit le professeur Coulombe, on aura une longueur d'avance advenant l'apparition d'un virus particulièrement inquiétant.

«On aurait un certain nombre de molécules à regarder avant de faire du pur essai-erreur», a-t-il souligné.

Les premiers travaux du professeur Coulombe et de son équipe ont porté sur le virus H5N1. Ce virus semble pour le moment en mesure d'infecter les humains, mais sa transmission de personne en personne demeure très limitée. Une seule mutation pourrait toutefois changer la donne.

Ils appliqueront maintenant la même stratégie au virus SRAS-CoV-2 à l'origine de la pandémie. Si tous les variants de ce virus qui ont vu le jour jusqu'à présent semblent vulnérables aux vaccins dont on dispose, rien ne garantit que cela sera toujours le cas.

«Il peut toujours se produire un variant qui va avoir une caractéristique disons plus dommageable que les autres, a rappelé le professeur Coulombe en conclusion. On n'est pas à l'abri de ça.»

Les conclusions de ces travaux ont été publiées par le journal scientifique Viruses.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne