La Commission sur l'avenir du sport au pays préconise une refonte du système sportif

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — Le sport canadien a besoin d'une réforme.
Telle est la conclusion du rapport final de la Commission sur l'avenir du sport au Canada, publié mardi.
«Il faut s’y mettre dès maintenant», a déclaré Lise Maisonneuve, ancienne juge en chef de la Cour de l’Ontario, qui a présidé la commission.
«Notre examen a révélé que le système sportif canadien est défaillant, fragmenté et, dans sa forme actuelle, non viable, a-t-elle poursuivi. Dans de nombreux contextes, et pour beaucoup trop de personnes, il a causé et continue de causer un préjudice réel et durable.»
La commission avait pour mandat d’améliorer le système sportif canadien et de le rendre plus sécuritaire.
«Comme nous l’avons découvert au cours de nos travaux, ces deux questions sont étroitement liées», a souligné Mme Maisonneuve.
Annoncée en décembre 2023 par l’ancienne ministre fédérale des Sports, Carla Qualtrough, la commission faisait partie des diverses mesures prises par le gouvernement fédéral en réponse à une vague de signalements de mauvais traitements et d’abus, tant actuels qu’historiques, qui ont fait surface après les Jeux olympiques d’hiver de 2022 à Pékin.
La commission a mené des consultations à travers le pays, réalisé un sondage public, organisé un sommet et publié deux rapports publics sur une période de près de deux ans.
Mme Maisonneuve a indiqué que la commission avait recueilli les témoignages de plus de 1000 personnes, dont 175 victimes d’abus et de maltraitance.
«Nous avons écouté et ce que nous avons entendu était déchirant», a-t-elle reconnu.
Le rapport a formulé 98 recommandations pour une réforme progressive étalée sur cinq ans, à compter de maintenant.
La commission a constaté que les abus sont répandus et persistants à tous les niveaux du sport, et que les mécanismes de plainte sont fragmentés et incohérents d'une région à l'autre du pays.
«Les déséquilibres de pouvoir créent une culture du silence et constituent l'un des aspects les plus dangereux du système», a déclaré Mme Maisonneuve.
«Nous avons entendu à maintes reprises des témoignages d'athlètes qui craignent de parler, de parents punis pour avoir soulevé des préoccupations, de lanceurs d'alerte mis à l'écart et de victimes retraumatisées par les procédures de plainte. Trop souvent, la victoire, la réputation et le financement priment sur la sécurité et la dignité», a-t-elle indiqué.
De plus, le financement fédéral n'a pas suivi le rythme de l'inflation ni celui des responsabilités croissantes des organismes sportifs.
«Un système sportif sous-financé est un système sportif dangereux», a-t-elle affirmé.
Le sport, dans son ensemble, est devenu trop coûteux, inaccessible et exclusif, a-t-elle ajouté.
«Il est également nécessaire d'accroître les investissements dans le sport communautaire afin de renforcer le système sportif canadien et de promouvoir l'accès et l'inclusion», a conclu Mme Maisonneuve.
Les mesures immédiates comprennent la consolidation du mentorat, la création d’une société d'État chargée de superviser le sport, l’augmentation du financement du sport de haut niveau et du sport communautaire, ainsi qu’une collaboration accrue entre les gouvernements fédéral, provinciaux et territoriaux afin de rendre le sport plus sécuritaire.
Le rapport préconise la nomination d’un ministre fédéral unique chargé du sport et des activités physiques, appuyé par un ministère unique. Actuellement, le sport relève à la fois des portefeuilles du Patrimoine et de la Santé.
Le rapport indique également qu’il devrait y avoir une entité sportive centralisée supervisant le sport sous la forme d’une société d’État, structurée comme une société privée, mais sous le contrôle du gouvernement.
«Nous avons besoin d’un nouveau modèle de leadership», a déclaré Mme Maisonneuve.
«Le sport au Canada se trouve à la croisée des chemins. Les Canadiens s’attendent à une transformation significative et concrète», a-t-elle ajouté.
Le secrétaire d’État au Sport, Adam van Koeverden, a déclaré dans un communiqué que le rapport montre clairement qu’une action urgente à l’échelle du système est nécessaire.
«Nous acceptons les conclusions et allons maintenant examiner attentivement les recommandations et les mesures à prendre pour renforcer la sécurité dans le sport et améliorer le système sportif à tous les niveaux au Canada», a-t-il dit.
«Les abus et les mauvais traitements n’ont pas leur place dans le sport. Les participants devraient avoir accès à des environnements sportifs sécuritaires, accueillants, inclusifs et responsables qui préservent la confiance du public.
«Nous reconnaissons que le rétablissement de la confiance dans le système sportif nécessite une action significative et coordonnée à tous les niveaux», a-t-il abondé.
Il y a eu huit changements à la tête du sport au niveau fédéral au cours des 15 années de gouvernement libéral.
Van Koeverden, qui a été nommé l’année dernière, a déclaré que le rapport «façonnera le prochain chapitre du sport au Canada».
«Il montre également que nous devons résoudre des problèmes plus vastes, à l’échelle du système, notamment la manière dont le sport est géré à travers le pays et les lacunes en matière de protection de la sécurité, a-t-il poursuivi. Ce sont les voix des survivants qui ont brisé la culture du silence. Leur temps, leurs réflexions et leurs expériences vécues ont ouvert la voie vers un Canada meilleur.»
«Notre nouveau gouvernement va maintenant se concentrer sur l’élaboration de notre réponse et de notre plan de mise en œuvre, en collaboration étroite avec les provinces et les territoires, les partenaires autochtones, les athlètes, les communautés sous-représentées, les organisations sportives et les acteurs du secteur privé à l’échelle nationale. Ce travail s’appuiera sur une coordination, une transparence et une responsabilisation accrues à tous les niveaux du système sportif», a-t-il résumé.
Le financement est un thème récurrent du rapport. Les comités olympiques et paralympiques canadiens ont demandé, au nom des organismes sportifs nationaux, une augmentation du financement de base lors de deux budgets fédéraux successifs. Ce financement, selon eux, stagne depuis 2005.
La plus récente demande portait sur une augmentation de 144 millions $ du financement de base, une somme annuelle essentielle aux organismes sportifs nationaux pour financer leurs activités, leurs athlètes, leurs entraîneurs et leur personnel de soutien. La commission recommande notamment que chaque organisme sportif bénéficiant d'un financement fédéral dispose d'un responsable de la sécurité dans le sport.
Le gouvernement fédéral consacre plus de 250 millions $ par année au sport. Un rapport publié en 2023-2024 indiquait que 266,8 millions de dollars étaient investis dans le sport de haut niveau, l'organisation d'événements internationaux, l'accroissement de la participation sportive et l'amélioration des pratiques en matière de sécurité dans le sport.
Donna Spencer, La Presse Canadienne