Le Conseil consultatif sur l'inclusion vise l'unité nationale, soutient Marc Miller

Temps de lecture :
6 minutes
Par La Presse Canadienne, 2026
OTTAWA — Le ministre de l'Identité et de la Culture canadiennes, Marc Miller, soutient que le critiqué Conseil consultatif sur les droits, l'égalité et l'inclusion, mis en place par le gouvernement fédéral, doit viser l'unité nationale, un objectif que les précédentes représentantes chargées de lutter contre l'islamophobie et l'antisémitisme n'ont pas su atteindre, selon lui.
«Il s’agit d’un comité consultatif qui va permettre le dialogue et offrir un espace pour discuter de sujets extrêmement difficiles, le premier étant le fléau actuel de l'antisémitisme dans le pays», a dit M. Miller à La Presse Canadienne.
Ottawa a d'abord créé le poste de représentant spécial chargé de la lutte contre l'antisémitisme en 2020, puis un homologue, chargé de la lutte contre l'islamophobie, en 2023.
En février, le gouvernement a annoncé qu’il supprimait ces deux postes distincts pour les remplacer par un nouveau «Conseil consultatif sur les droits, l’égalité et l’inclusion» au mandat plus large, composé d’universitaires de renom, d’experts et de responsables communautaires.
À ce moment, le premier ministre Mark Carney a présenté cette mesure comme un outil de lutte contre la haine envers les musulmans, les juifs et les peuples autochtones.
Lorsqu’il a officiellement inauguré le conseil il y a un mois, le premier ministre a affirmé que celui-ci se pencherait sur les causes de l’antisémitisme et améliorerait la recherche ainsi que la collecte de données sur les gestes haineux.
Depuis lors, le gouvernement a reçu un torrent de critiques, notamment de la part de groupes de défense des juifs qui font valoir que les causes de l’antisémitisme sont bien comprises et documentées dans les rapports parlementaires.
Des critiques de part et d'autre
«Si l’on examine les menaces auxquelles notre communauté est confrontée, il faudra bien plus que des gens assis autour d’une table en train de discuter pour empêcher les balles de traverser les vitres des synagogues et des écoles», a dit le directeur du Centre consultatif des relations juives et israéliennes, Noah Shack.
Son organisation et d’autres grandes associations juives ont appelé le Canada à rétablir le poste de représentant spécial chargé de la lutte contre l’antisémitisme, à le réformer, à redoubler d’efforts pour prévenir les crimes de haine et à dénoncer les groupes affiliés au gouvernement iranien.
«Nous avons des acteurs internationaux qui mènent des attaques ciblant les communautés juives au Canada. Nous avons des personnes radicalisées, dans l'esprit de l'État islamique, qui planifient des attentats terroristes similaires à ce qui s'est produit sur la plage de Bondi, en Australie. Ces problèmes ne seront pas résolus par le dialogue», a affirmé M. Shack.
Trouver un terrain d’entente est une « noble entreprise », a-t-il dit, mais il craint que cette démarche ne détourne le gouvernement de la nécessité de répondre directement aux menaces accrues que les juifs affrontent actuellement.
«En réalité, ce dont nous avons besoin, ce sont des mesures concrètes dès maintenant pour démontrer que le gouvernement ne se contente pas de se réunir pour examiner et étudier les problèmes, mais qu’il s’engage à les résoudre», a plaidé M. Shack.
Dans un communiqué, le Conseil national des musulmans canadiens a indiqué qu'il souhaite «un véritable plan pour lutter contre l'augmentation des actes islamophobes à travers le Canada» et a rappelé que les musulmans ont déjà collaboré avec d’autres communautés pour lutter contre la haine.
«De parler de ce que le bureau de la représentante contre l'islamophobie n'aurait prétendument pas fait revient à mettre de côté à la fois son mandat et le travail positif qui a été accompli», a écrit le porte-parole du Conseil national des musulmans canadiens, Steven Zhou, ajoutant que l'association collaborera avec le conseil consultatif.
M. Miller a déclaré que son gouvernement continuait de travailler sur des politiques et des mesures législatives de lutte contre la haine.
Un échec à atteindre «l'unité nationale» des deux représentantes
Le projet de loi C-9 a été adopté le mois dernier par le Parlement, et créé de nouvelles infractions criminelles pour intimidation ou empêchement d'accès à une institution religieuse, et codifie une définition de la haine dans le droit criminel.
M. Miller a dit que les anciennes représentantes spéciales chargées de l’islamophobie et de l’antisémitisme, Amira Elghawaby et Deborah Lyons, ont toutes deux fourni des conseils utiles au gouvernement. Il ajoute qu’elles ne sont pas responsables de l’échec à renforcer de manière significative le dialogue entre juifs et musulmans au Canada.
«Il est peut-être injuste d’espérer une réelle amélioration au sein de groupes très polarisés de la société (…) qui, en général, ne se parlent pas», a dit M. Miller.
«Le travail effectué par les deux représentantes nous donne des fondations sur lesquelles nous pouvons construire, a-t-il dit. Mais l'objectif, je crois, et je partage l'avis du premier ministre sur le sujet, est de s'assurer que nous avons un groupe plus largement axé sur l'unité nationale. Et, que ça nous plaise ou non, les deux représentantes ne parvenaient pas à atteindre cet objectif.»
Mme Lyons, l’ancienne représentante spéciale chargée de la lutte contre l’antisémitisme, a expliqué que les groupes juifs et musulmans ont désapprouvé des tentatives de collaboration tentées par elle et Mme Elghawaby sur des questions telles que les programmes scolaires provinciaux. Mme Elghawaby a indiqué quant à elle qu’elle n'a pas connaissance de ces sentiments au sein des communautés musulmanes.
M. Shack a souligné que le mandat des représentantes ne semblait pas mentionner l’unité des communautés.
«On ne peut pas amalgamer ces deux choses. On voit fréquemment l'islamophobie et l'antisémitisme mentionnés dans le même souffle. Je pense que chaque communauté a sa propre expérience », a-t-il soutenu.
M. Miller a expliqué que l'idée du conseil venait de Mark Carney, qui le lui avait présenté en décembre, un peu après sa nomination comme ministre de l'Identité et de la Culture canadiennes.
«Nous avons eu une longue conversation sur l’unité du pays… mais aussi sur ses préoccupations concernant la polarisation», a-t-il dit.
L’idée derrière ce conseil est de réunir des personnalités éminentes, globalement représentatives de la diversité du Canada, capables d’encourager la cohésion sociale, a expliqué M. Miller, car «le tissu social a été déchiré» par de multiples facteurs, tels que la pandémie de COVID-19 et les événements au Moyen-Orient.
«Il ne s’agit pas d’essayer d’identifier de nouvelles formes de haine. Il s’agit d’examiner celles qui existent déjà — l’antisémitisme étant, dans ce cas, l’une des plus anciennes, sinon la plus ancienne forme de haine — et d’analyser les facteurs qui l’alimentent actuellement, a-t-il expliqué. Il y aura toujours des opposants. Nous nous le devons à nous-mêmes et à notre pays : nous devons essayer.»
Après la création du conseil, le gouvernement a rapidement essuyé des critiques de la part de militants noirs et de responsables d'Amnistie Internationale, qui ont souligné qu’aucun des sept membres initialement nommés n’était noir. Vers la fin du mois de juin, le conseil a accueilli deux nouveaux membres, soit un archevêque catholique, ainsi que la juge retraitée Corrine Sparks, descendante de colons noirs de Nouvelle-Écosse.
Le conseil a tenu sa première réunion mardi, dans un format hybride. M. Miller a indiqué qu’Ottawa ne prévoyait pas d’ajouter d’autres membres.
«La composition est fixée pour les prochains temps. Nous ne sommes pas dogmatiques à ce sujet et nous devrons adapter notre approche au fur et à mesure, mais, pour l’instant, la composition à neuf membres est définitive», a dit M. Miller.
Dans un message publié sur les réseaux sociaux, la militante transgenre éminente Fae Johnstone a soutenu que le conseil aurait dû «refléter le segment de la communauté queer victime d'attaques soutenues, soit les personnes trans».
Le conseil compte actuellement parmi ses membres Martine Roy, une lesbienne qui a contribué à mener une campagne visant à obtenir d’Ottawa des excuses aux personnes exclues de l’armée ou de la fonction publique en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre.
Dylan Robertson, La Presse Canadienne