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Le Québec doit s'attaquer d'urgence à l'itinérance car le point de rupture approche

durée 08h42
16 juin 2026
La Presse Canadienne, 2026
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Temps de lecture   :  

4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

MONTRÉAL — La situation de l’itinérance s’est à ce point aggravée au cours des dernières années que le Québec s’approche du moment où il ne pourra plus espérer reprendre le dessus pour endiguer le problème.

L’ex-première ministre Pauline Marois et l’ex-porte-parole de Québec solidaire Françoise David poursuivaient mardi leur tournée des chefs de parti pour obtenir un engagement ferme et transpartisan de tenir rapidement un sommet sur l’itinérance.

En mêlée de presse à l’issue de leur rencontre avec Ruba Ghazal, cheffe parlementaire de Québec solidaire, ainsi que le député Guillaume Cliche-Rivard, Mme Marois a dit croire que le Québec se doit d’agir d’urgence pour éviter que la situation ne dégénère, comme ce fut le cas à Vancouver, par exemple, où la crise de l’itinérance dépasse désormais la capacité des autorités à intervenir de manière significative.

«Oui, on n'est pas loin d'un point de rupture, mais il y a encore une volonté réelle avec des moyens bien identifiés. Beaucoup d'organisations communautaires, de municipalités ont déjà identifié des solutions, des orientations, mais il y a un arrimage essentiel, il y a une volonté politique de haut niveau pour prendre en charge l'orientation, la direction pour mobiliser des ressources financières aussi du gouvernement, parce que les organisations communautaires sont à bout de souffle. Alors oui, on est sur le point d'une rupture.

«Nous croyons que la crise humanitaire qui existe actuellement concernant l'itinérance doit être prise à bras le corps et nous attendons des formations politiques un engagement ferme qui va nous mener à la tenue d'un sommet sur cette question, un sommet pas pour poser, pour discuter, mais pour décider et adopter des actions très concrètes, très structurantes, coordonnées», a-t-elle poursuivi.

«Filet social troué»

Ruba Ghazal ne s’est pas fait prier pour endosser sans réserve l’idée d’un sommet. «Au Québec, on est une société riche, on ne peut pas accepter comme une fatalité qu'il y ait des gens qui dorment dans la rue. Et c'est extrêmement important qu'il y ait un vrai leadership qui soit pris sur cette question-là. Et Mme Marois nous pousse à faire ça, nous les élus, mais aussi toute la société dans son ensemble.»

Mme Ghazal en a profité pour dénoncer le manque de financement des organismes communautaires, prenant l’exemple de l’un d’entre eux qui devra fermer son service d’accueil et d’hébergement de nuit, faute de ressources. «Alors qu'il y a des gens qui dorment dans la rue, il y a les organismes communautaires qui sont pas capables de réduire la souffrance des personnes itinérantes à cause du manque de financement du gouvernement du Québec. Donc, on a beau dire que c'est inacceptable, que c'est ignoble, mais il n'y a pas d'argent au bout de la ligne pour appuyer ces organismes-là qui tiennent à bout de bras notre filet social troué. On ne sent pas l'urgence.»

Crise du logement et pauvreté

L’occasion était trop belle pour laisser passer un message que porte Québec solidaire depuis des années, maintenant: «Pour nous, à Québec solidaire, n'importe qui de sérieux qui veut vraiment s'attaquer à la crise de l'itinérance ne peut pas ne pas aussi s'attaquer à la crise du logement, notamment en contrôlant les loyers et aussi de faire la lutte à la pauvreté.»

«Des gens qui sont payés au salaire minimum, des gens qui reçoivent des revenus, des personnes âgées, qui ne sont plus capables de payer le loyer. Des gens qui s'endettent, parce que leur loyer ne fait qu'augmenter année après année.»

Le poids du passé

Pauline Marois a eu une certaine réticence à pointer du doigt des années de laisser-aller, elle qui a déjà dirigé la province et dont le parti a été au pouvoir durant de nombreuses années en alternance avec les libéraux, mais elle reconnaît que le problème n’est pas apparu spontanément. «Effectivement, il y a des investissements qui auraient sans doute dû être faits en amont, ne serait-ce que dans le logement, bien sûr, on le voit. Mais ce n'est pas une crise seulement liée à l'itinérance: les gens à bas revenus ont des problèmes majeurs et très sérieux à se loger. Les gens qui vivent de prestations sociales n'y arrivent plus non plus, n'accrochent pas les deux bouts. Alors oui, il y a eu de ce côté-là une négligence, si on veut. Dans le fond, on avait l'impression que le marché allait se réguler de lui-même. Or, il ne se régule pas. Fait qu'il faut qu'ils aient des gestes d'opposés», a dit l'ex-première ministre.

Ruba Ghazal et Pauline Marois ont aussi toutes deux appelé le gouvernement fédéral à s’impliquer, lui qui a cessé d’investir dans le logement social en 1993. Mme Marois avertit cependant qu’Ottawa doit laisser le Québec agir en toute indépendance. «C'est le Québec qui va diriger le sommet, avec l'ensemble des partenaires, avec les membres de l'Assemblée nationale, de toutes les formations politiques, mais le fédéral doit être au rendez-vous. Il a une responsabilité au niveau des infrastructures. Effectivement, il a abandonné du côté du logement. Il a proposé différentes stratégies sur la construction, sur l'aide associée à cela. Alors il faut qu'il soit là.»

Mme Marois et Mme David ont rencontré le chef libéral Charles Milliard la semaine dernière. Elles rencontreront le chef conservateur Éric Duhaime ce mercredi à Québec et le chef péquiste Paul St-Pierre Plamondon la semaine prochaine. La première ministre Christine Fréchette a apparemment pris plus de temps à répondre à l’invitation, mais a tout de même accepté à une date qui reste à déterminer.

Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne