Les compétences des inhalothérapeutes mieux utilisées en contexte de pénurie


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Par La Presse Canadienne, 2025
MONTRÉAL — Une transformation discrète du rôle des inhalothérapeutes — ces experts du système cardiorespiratoire — s'est mise en branle depuis quelques années au Québec. Au CHUM, ces professionnels de la santé font partie de l'équipe d’intervention rapide 2.0 qui intervient auprès des patients qui développent de graves complications.
Auparavant l'équipe d’intervention rapide (EIR) était composée d'un médecin intensiviste, d'une infirmière et d'un inhalothérapeute. Depuis environ deux ans, le médecin a été retiré de l'évaluation initiale, mais il peut encore être sollicité si le duo infirmière-inhalothérapeute juge que c'est nécessaire.
Le Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) a été le premier au Québec à avoir une EIR. Le projet, qui a d'abord débuté à l'Hôtel-Dieu en 2008, a été implanté de façon durable en 2009. Depuis, d'autres hôpitaux se sont dotés d'une façon de faire similaire.
«Je crois que notre métier a quand même beaucoup évolué dans les dernières années. Là, ce que je suis en train de voir à travers la province, c'est qu'on est en train vraiment plus [se concentrer] sur les soins intensifs, sur les soins critiques, sur l'urgence», indique Frédérick Plante, qui est inhalothérapeute et coordonnateur technique au sein du CHUM.
M. Plante souligne que les inhalothérapeutes sont de moins en moins nombreux, mais il a un élan d'espoir pour l'avenir en voyant les cohortes qui sont en train d'être formées à travers le Québec.
«Il a vraiment fallu qu'on se restructure et qu'on trouve une façon d'être créatif pour être capable d'offrir les mêmes services en étant beaucoup moins nombreux. C'est vraiment là-dedans qu'on était dans les dernières années», raconte-t-il.
Un exemple de restructuration tout simple concerne les pompes bleues pour les personnes asthmatiques, qui devaient impérativement être administrées par les inhalothérapeutes. Dorénavant, les infirmières sont celles qui s'occupent de donner ce médicament, ce qui libère les inhalothérapeutes pour leurs nouvelles tâches.
Moins de codes bleus, plus de sécurité pour les patients
Au CHUM, en 2024-2025, 808 EIR et 188 codes bleus (arrêt cardio-respiratoire) ont été signalés. «On suppose que si on n'avait pas eu d'EIR, probablement que le nombre de codes bleus serait à la hausse», relève Frédérick Plante, qui a 13 ans d'expérience en tant qu'inhalothérapeute.
«Parce qu'il n'y aurait pas de façon de [signaler] ces patients. [Leur état] se compliquerait à l'étage, puis quand ils ne vont pas bien, ils tombent en code bleu, mais on aurait pu répondre à l'urgence. C'est comme une prévention avant que les patients tombent en code bleu. Ça augmente la sécurité des patients au CHUM.»
Maude Champigny, inhalothérapeute depuis 10 ans, qui travaille aussi au CHUM, précise que sans le médecin dans l'équipe, les inhalothérapeutes disposent de seulement cinq minutes pour se rendre au patient. Avant la refonte, ils avaient un délai de 15 minutes. «On a un ascenseur dédié à l'équipe d'intervention rapide, comme ça on peut se rendre dans nos cinq minutes de délai ou si c'est un code bleu, on se rend immédiatement», ajoute-t-elle.
Mme Champigny souligne par ailleurs qu'on ne lance pas une EIR pour n'importe quelle complication. L'infirmière qui évalue son patient doit cocher des critères spécifiques pour lancer une EIR, par exemple si le pouls est trop lent ou trop rapide.
D'autre part, des EIR spécialisées pour les bébés sont aussi présentes dans l'unité de néonatologie. Par exemple, si on sait que la maman qui s'en va subir une césarienne a un bébé avec le cordon autour du cou, une EIR sera déclenchée et l'inhalothérapeute pourra s'occuper du nouveau-né au plus vite.
Valoriser l'autonomie professionnelle
Pou faire partie des EIR, les inhalothérapeutes doivent suivre une formation de deux jours et avoir au moins deux ans d'expérience, le temps de se familiariser avec le métier. «[Qu'ils apprennent à] gérer le stress, gérer les imprévus, parce que justement une EIR c'est un imprévu, expose Mme Champigny. Quand tu arrives, tu ne sais pas c'est quoi le problème. Avec l'expérience que tu bâtis au fil des mois, des années, tu es plus prête à gérer le patient malade avec l'infirmière.»
La refonte de l'équipe d'intervention rapide était nécessaire dans un contexte de pénurie de main-d'œuvre. Cela permet de libérer le médecin pour d'autres tâches où il est davantage requis et en même temps, cela a permis de mieux valoriser le travail des inhalothérapeutes.
«Le point positif qu'on peut retenir de ça, c'est que ça a amélioré la collaboration entre les professionnels, puis ça a aussi augmenté notre autonomie professionnelle», souligne M. Plante.
«On vous fait confiance, vous êtes capables de procéder à l'évaluation de vos patients, et avec les outils qu'on vous donne, vous être capables de gérer les EIR aux étages», affirme-t-il.
Le métier des inhalothérapeutes est devenu davantage connu du grand public lors de la pandémie, de nombreux patients ayant été intubés par ces derniers. Or, ces professionnels sont présents dans de nombreux secteurs de la santé. Au CHUM seulement, ils sont sollicités dans le département des grands brûlés, la clinique d'apnée du sommeil, l'endoscopie. Ils font aussi des stadifications de cancer des poumons et sont très présents aux soins intensifs et aux urgences.
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Katrine Desautels, La Presse Canadienne