Les partis politiques du Québec sont invités à prioriser les infrastructures en eau

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — Les partis politiques du Québec sont incités à mettre le financement des infrastructures municipales en eau en avant dans leur programme en vue des prochaines élections provinciales.
À l’occasion de la Journée mondiale de l’eau, des représentants de Montréal, de Québec, de la Fédération des municipalités du Québec (FMQ) et de Réseau Environnement ont exhorté dimanche le gouvernement à agir lors d'une conférence de presse, à Montréal.
Disant vouloir aborder un sujet préoccupant pour le Québec, le président-directeur général de Réseau Environnement, Mathieu Laneuville, a indiqué que les cinq principaux partis politiques étaient invités à se saisir «en urgence de l’enjeu du sous-financement des services d’eau» et à intégrer des «actions concrètes et des stratégies d’investissement à cet égard dans leurs plateformes électorales».
M. Laneuville a mentionné que le Québec n'était pas épargné par la faillite mondiale de l’eau relevée par l'Organisation des Nations Unies.
«Dix pour cent de la valeur de remplacement total des infrastructures en eau estimé à deux cents milliards de dollars sont considérées comme à risque de défaillance élevée ou très élevée, a déclaré M. Laneuville. Ça se traduit par un déficit de maintien actif de l'ordre de vingt milliards de dollars et ce qu'on investit actuellement au Québec, ça couvre environ quarante pour cent des frais liés à la gestion de l'eau».
«Nous sommes à un point de rupture au Québec, a-t-il ajouté. C'est impératif d'agir, de résorber notre déficit de maintien d'actif, de mettre en place un autofinancement pour le maintien actif et de mettre progressivement à niveau nos infrastructures».
Selon M. Laneuville, le Québec s’est trop longtemps reposé sur une impression d’abondance et qu’il est désormais nécessaire d’agir afin d’assurer la survie des collectivités. Il a notamment évoqué l’impossibilité de réaliser des dialyses si un hôpital venait à manquer d’eau ou bien encore les cours d’eau pollués qui pourraient avoir un impact sur l’industrie de la pêche.
«On a bâti notre société, le Québec, sur cette ressource précieuse, notre «or bleu», a-t-il observé. Il est maintenant temps de la préserver. Plus qu’une simple question environnementale, le financement des services d’eau est maintenant un enjeu de sécurité publique.»
Agir avant qu'il ne soit trop tard
La deuxième vice-présidente de l’Union des municipalités du Québec (UMQ), Julie Bourdon, a demandé que le prochain gouvernement mît les infrastructures municipales en eau en avant et agît de façon préventive.
«Aujourd’hui le 22 mars, tout le monde se lève. On est en train de frapper un mur, a-t-elle constaté. Peut-on, s’il vous plaît, faire quelque chose pour dire que c’est une priorité?»
Mme Bourdon a insisté sur le fait que ce vieillissement et ce manque d’infrastructures en eau sont bien sûr un enjeu pour les populations et les municipalités, mais constitue aussi un enjeu concret économique sur le plan du logement.
Elle a indiqué qu’au Québec, dans les dernières années, ce sont près de 30 000 logements qui n'ont pas pu être construits à cause des infrastructures d’eau qui se fonctionnaient déjà à plein rendement.
«Le sous-financement chronique des infrastructures municipales compromet la capacité des municipalités à soutenir le développement du Québec. Le déficit de maintien atteint 45 milliards de dollars, a déclaré Mme Bourdon dans un communiqué. Sans réinvestissement majeur et des leviers financiers stables, les municipalités ne pourront plus construire de logements, soutenir l’économie locale, ni maintenir des infrastructures essentielles».
Le maire de Québec, Bruno Marchand, a raconté qu’une délégation de sa ville s'était récemment rendue à Calgary et avait pu observer les mesures mises en place afin de réduire la consommation d’eau depuis 18 mois à cause du déficit d’infrastructures en eau.
«Voici ce qu’on demande aux citoyens présentement: vous prenez des douches de maximum trois minutes, vous limitez l'actionnage de la chasse d'eau, a relaté M. Marchand. C’est la réalité des gens de Calgary présentement, pas pour une journée, pas pour hier, mais depuis deux semaines et pour encore deux semaines.»
Il a cependant soulevé qu’au Québec, on ne s’attend pas à devoir vivre cette situation, car, lorsqu’on ouvre son robinet le matin et que l’eau coule, on s’attend à ce que cela dure pour toujours.
Selon M. Marchand, deux solutions s'offrent au Québec. Il y a le choix d’attendre, de se dire que, quand ça ne fonctionnera plus, il y aura des restrictions pendant des mois, des semaines, voire des années, ou alors d’agir avant qu’il ne soit trop tard.
«Prendre conscience d’un problème, prendre conscience d’une crise, c’est évidemment très angoissant, très anxiogène», a reconnu M. Marchand. J'ai beaucoup d'espoir et j'ai confiance dans notre capacité collective, dans notre génie. J’ai confiance dans la capacité de construire pour le bien commun quelque chose qui va nous permettre de nous adapter, de réparer et de nous adapter aux changements.»
Jacques Demers, le président de la FMQ, a rappelé que le Québec comptait pour près de 100 000 kilomètres de conduits d’eau potable et d’égouts. Ces infrastructures constituent un patrimoine essentiel, mais vieillissant.
«Aujourd’hui, le constat est sans équivoque. Les besoins de renouvellement augmentent sans cesse de ce côté-là, a souligné M. Demers. Les coûts explosent et la pression sur les municipalités devient de plus en plus difficile à soutenir.»
«Il faut être clair, investir dans les infrastructures d’eau, ce n’est pas une option, c’est une obligation collective, a-t-il ajouté. Nous appelons à l'action concrète, à introduire davantage de flexibilité, tenir compte des réalités locales et mettre en place des mécanismes adaptés à des projets d'urgence critiques.»
Anja Conton, La Presse Canadienne