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Manifestation à l'Assemblée nationale: «Nos armes ne sont pas à vendre!»

durée 14h49
28 février 2026
La Presse Canadienne, 2026
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4 minutes

Par La Presse Canadienne, 2026

QUÉBEC — Quelques milliers de manifestants pro-armes à feu se sont rassemblés samedi devant l’Assemblée nationale pour exiger que le gouvernement du Québec se retire du programme de rachat du gouvernement fédéral. Leur message: «Nos armes ne sont pas à vendre!»

Les manifestants accusent Ottawa de cibler injustement les propriétaires d’armes respectueux de la loi.

«Le Québec est la seule province qui a accepté de participer à ce rachat-là. C'est aberrant que pour 12,4 millions $, on vienne cibler les propriétaires d'armes légales qui n'ont rien à se reprocher et qui ne sont pas représentés dans le crime», a affirmé la directrice pour le Québec de la Coalition canadienne pour les droits aux armes à feu, Sophie Béland, en entrevue avec La Presse Canadienne samedi.

Elle dit être en contact avec le ministre québécois de la Sécurité publique, Ian Lafrenière, et sentir de l’écoute de sa part. «C’est déjà un gros pas pour nous», dit-elle.

L’organisatrice de la manifestation assure que des gens sont venus d’un peu partout du Québec et du Canada.

«J'ai des gens qui viennent de la Colombie-Britannique, de l'Alberta, de Cap-Breton», a-t-elle affirmé.

Stéphane Bacon est tireur sportif, tout comme sa femme. Ils sont venus de Montréal pour manifester.

«Le problème est en santé mentale et non au chapitre des armes à feu», soutient-il.

Des manifestants rencontrés par La Presse Canadienne n’ont pas voulu donner leur nom. L’un d’eux a simplement dit qu’il s’appelait Pat et n’a pas voulu divulguer son nom complet, évoquant les médias sociaux et la pression du «lobby anti-armes».

«Si vous regardez aux alentours, c'est plein de pères de famille, de chasseurs, de tireurs sportifs qui ne veulent pas se faire déposséder de leur propriété, tout simplement», a-t-il affirmé.

Ô Canada

L’événement a débuté sous la neige qui s’est rapidement transformée en pluie. La mauvaise température n’a pas calmé les ardeurs des défenseurs d’armes à feu.

Des intervenants ont galvanisé la foule avec des discours.

«Aujourd'hui, vous nous avez démontré une chose, il n'y a plus personne qui va nous diviser. On est des propriétaires d’armes à feu et le gouvernement fédéral veut nous extorquer (...) Ce qu’on lui dit, c’est : Non!», a lancé le président de l’Association des clubs de champs de tir du Québec, Guy Morin, à la foule.

Les manifestants ont répondu avec des cris et des applaudissements. Plusieurs d’entre eux avaient apporté des pancartes avec des slogans dont : «Mes armes ne sont pas à vendre!» Ils ont même chanté le Ô Canada.

En entrevue avec La Presse Canadienne, Guy Morin affirme que le programme de rachat n’est pas suffisamment généreux.

«C'est plafonné. Donc, il y a un maximum de 250 millions $ qui est prévu pour l'ensemble du Canada et ça, ça représente environ 1 % des propriétaires qui pourraient être dédommagés», explique-t-il.

Il précise toutefois être opposé au programme. «Mais malheureusement, on ne peut pas vraiment l'arrêter», concède-t-il.

«Il y a des gens qui ont décidé que leurs armes n'étaient pas à vendre, ni à donner. Eh non! Ils ne les remettront pas. Mais il y en a d'autres quand même qui aimeraient avoir une compensation, et ces personnes-là doivent avoir une compensation juste et équitable au prix du marché», a ajouté Guy Morin.

Cette manifestation se tient environ six semaines après le début de la période d’inscription permettant aux propriétaires d’armes à feu de participer au programme fédéral. Ce dernier leur offre une compensation financière en échange de la remise ou de la désactivation permanente d’armes à feu qu’Ottawa considère comme étant réservées aux champs de bataille.

Depuis mai 2020, le gouvernement libéral a interdit environ 2500 types d’armes à feu, dont l’AR-15 et le Ruger Mini-14. Les armes à feu et dispositifs prohibés doivent être éliminés – ou désactivés – d’ici la fin de la période d’amnistie, le 30 octobre 2026.

«Honteux»

Des partisans du contrôle des armes à feu ont critiqué l’organisation d’un tel rassemblement quelques semaines seulement après la tuerie à Tumbler Ridge, en Colombie-Britannique, qui a coûté la vie à neuf personnes.

«Il est honteux qu’à la suite de cette tragédie, les groupes pro-armes choisissent ce moment pour poursuivre leur campagne visant à empêcher le retrait de la circulation des armes d’assaut qui sont communément utilisées dans les fusillades de masse et qui ont été interdites pour des raisons de sécurité publique», a indiqué le collectif PolySeSouvient par voie de communiqué plus tôt cette semaine.

Les organisateurs se sont défendus en affirmant que la manifestation était prévue avant la tragédie.

«On est solidaire avec la Colombie-Britannique. On est tous touchés et c'est justement pour ça qu'on est ici. Parce que ce qui s'est passé en Colombie-Britannique ne devrait jamais se reproduire. C'est un manque au niveau des gouvernements, au niveau de la législation, c’est un problème de santé mentale, ce n’est pas un problème d'armes légales», a soutenu Sophie Béland.

En annonçant le programme le mois dernier, le ministre fédéral de la Sécurité publique, Gary Anandasangaree, a soutenu que l’objectif était de cibler uniquement «les armes à feu conçues pour la guerre, pour tuer».

Selon les autorités fédérales, quelque 19 000 marques et modèles d’armes à feu demeurent légalement disponibles pour la chasse et le tir sportif au Canada.

Près de 250 millions $ ont été alloués à l’indemnisation des participants au programme. Le gouvernement prévoit que cette somme permettra d’indemniser pour environ 136 000 armes à feu. Les propriétaires d’armes à feu prohibées ont jusqu’à la fin du mois de mars pour manifester leur intérêt.

Le Québec appuie le programme fédéral d’indemnisation, mais plusieurs autres provinces et territoires – dont l’Alberta, la Saskatchewan, le Manitoba, l’Ontario et Terre-Neuve-et-Labrador – ont rejeté le plan.

Avec les informations de Jim Bronskill, La Presse Canadienne

Thomas Laberge, La Presse Canadienne