Une seule dose de psilocybine altère le cerveau, montre une nouvelle étude

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Par La Presse Canadienne, 2026
MONTRÉAL — Une seule dose de psilocybine, le composé psychoactif des "champignons magiques", semble causer dans le cerveau des changements anatomiques qui peuvent perdurer jusqu'à un mois après l'expérience, ont constaté des chercheurs américains.
Ces changements ont été associés à une plus grande activité neuronale dans le cerveau dans les minutes et les heures après la dose de psilocybine. Ce niveau d'entropie, comme l'appellent les chercheurs, a ensuite prédit le degré de conscience émotionnelle que les participants ressentaient le lendemain – ce qui, à son tour, permettait de prévoir une amélioration de leur sentiment de bien-être un mois plus tard.
«Ça fait partie des théories sous-jacentes aux thérapies assistées par psychédélique», a commenté le docteur Nicolas Garel, un psychiatre du Centre de recherches du CHUM qui étudie l’utilisation des substances psychoactives dans le traitement des problèmes de santé mentale.
«On pense que ces expériences-là (...) qui entraînent des états altérés de conscience pourraient amener à une façon de réfléchir différente, une perception différente des choses, puis cette augmentation-là de la flexibilité psychologique pourrait entraîner des effets thérapeutiques sur les symptômes dépressifs ou anxieux.»
Il s'agit d'une petite étude qui a été réalisée auprès de seulement vingt-huit sujets en santé. Les participants n'avaient jamais consommé de substances psychédéliques et n'avaient pas de diagnostic de santé mentale. Ils ont été soumis à toute une batterie de tests d'imagerie cérébrale avant l'expérience psychédélique, au plus fort de cette expérience et un mois plus tard.
«La présente étude met en lumière les modifications cérébrales observées chez l’être humain pendant et après une première prise de psilocybine à forte dose», écrivent les chercheurs.
Les sujets ont tout d'abord reçu une dose d'un milligramme de psilocybine, ce que les chercheurs ont considéré être leur dose placebo. L'activité du cerveau a alors été mesurée avec un électroencéphalogramme (EEG) et une imagerie par résonance magnétique (IRM) fonctionnelle. La connectivité a été mesurée par imagerie par tenseur de diffusion (ITD).
Un mois plus tard, les participants ont reçu une dose de vingt-cinq milligrammes de psilocybine, après quoi les mêmes tests ont été réalisés.
Une heure après cette deuxième dose, l'EEG a témoigné d'une plus grande entropie, ce qui porte à croire que le cerveau traitait une plus grande quantité d'information sous l'effet de la substance psychédélique.
«Les neurones vont communiquer les uns avec les autres d'une façon qui est moins hiérarchiquement organisée, a dit le docteur Garel. Cette désorganisation serait reliée, premièrement, à une plus grande intensité de l'expérience psychédélique, et deuxièmement, à un niveau d'autocritique psychologique rapporté le lendemain plus grand, et ça serait relié à l'amélioration du bien-être un mois plus tard.»
En effet, un mois plus tard, l'ITD a montré que les voies neuronales du cerveau étaient plus denses et présentaient une meilleure intégrité. C'est exactement le contraire de ce qui se produit avec le vieillissement, qui rend ces voies plus diffuses.
Les auteurs proposent donc ce que le docteur Garel appelle une «chaîne mécanistique»: les neurones communiquent entre eux de manière plus désorganisée, cela entraîne une plus grande autocritique psychologique, ce qui est à son tour relié à une amélioration du bien-être prolongée dans le temps.
«La prise d'un psychédélique va entraîner des changements et des bienfaits qui perdurent dans le temps, qui sont longitudinaux, assez éloignés de la prise psychédélique, a dit le docteur Garel. Puis c'est ça qui est assez intéressant, c'est qu'on n'a plus cette molécule-là dans le sang, on n'a pas à la prendre de façon répétée, puis une dose unique entraîne des changements longitudinaux.»
Tous les participants, à l’exception d’un seul, «ont qualifié leur expérience de la psilocybine à forte dose d’état de conscience le plus inhabituel de toute leur vie. La seule personne qui ne l’a pas fait l’a tout de même classée parmi ses cinq expériences de conscience les plus inhabituelles», ajoutent-ils.
Cela étant dit, a souligné le docteur Garel, les auteurs de l'étude sont très prudents dans leur interprétation de leurs résultats «parce qu'il y a plusieurs choses qui pourraient expliquer ça, pas juste la dose de psilocybine».
D'autant plus, souligne-t-il, que ces substances peuvent être un couteau à double tranchant.
«Ce sont des substances qui peuvent augmenter grandement la sensibilité à notre état interne, incluant notre détresse, notre souffrance, a rappelé le docteur Garel. Quand on prend ces substances-là, ça peut exacerber grandement la détresse, un sentiment de perte de contrôle, donc ce n'est pas du tout une bonne idée de s'autotraiter avec ces substances-là, surtout pas quand on est souffrant.»
Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal Nature Communications.
Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne