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Création de deux nouvelles catégories de consommateurs

L'ouverture aux centres de données d'Hydro-Québec inquiète les industriels

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20 février 2026
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Par La Presse Canadienne

Le milieu industriel québécois ne cache pas son appréhension devant la volonté du gouvernement Legault d’ouvrir la porte à la venue de nouveaux centres de données, une activité qui requiert des quantités massives d’électricité alors qu’Hydro-Québec n’a plus les surplus d’autrefois.

Jeudi, la société d’État a demandé à la Régie de l’énergie de créer deux nouvelles catégories de consommateurs, soit une pour les centres de données et une autre pour les chaînes de blocs qui font du minage de cryptomonnaie. Dans le premier cas, la société d’État compte exiger 13 cents du kilowattheure (kWh), soit près du double du tarif exigé pour l’activité industrielle de grande puissance, et 19 cents du kWh pour les activités de cryptomonnaie. Dans ce dernier cas, le tarif prohibitif que propose Hydro semble plutôt destiné à décourager cette activité, dont les retombées sont minimes.

Le gouvernement Legault a déjà fait part de son intention d’attirer des centres de données afin de bâtir la «souveraineté numérique» du Québec et de soustraire notamment les données des citoyens québécois du regard des géants américains. La commande du gouvernement, passée en douce dans deux décrets publiés le 28 janvier, laissait entrevoir une volonté d’exiger le prix fort afin que les centres de données paient non pas le coût moyen de production, mais bien les coûts plus élevés des nouveaux approvisionnements.

Manque d'énergie pour l'industrie

Cependant, le milieu industriel s’inquiète alors qu’il lui est déjà difficile d’obtenir des blocs d’électricité pour les nouveaux projets, les agrandissements et la décarbonation, par exemple.

«Plusieurs de nos membres nous avaient signalé, pas nécessairement seulement par rapport aux centres de données, mais par rapport à la disponibilité d'énergie en général, que ça pouvait retarder leurs plans d'expansion, parce qu'ils n'étaient pas certains d'avoir les blocs d'énergie. Donc c'est une préoccupation réelle qui existait», explique Norma Kozhaya, vice-présidente à la recherche et économiste en chef du Conseil du patronat du Québec (CPQ) qui représente la grande industrie.

Elle rappelle que «le secteur industriel, les grands consommateurs d'énergie, sont source de création de richesse dans toutes les régions du Québec».

La bonne nouvelle, ajoute-t-elle en entrevue avec La Presse Canadienne, c’est qu’«Hydro dit qu'on ne va pas augmenter les tarifs pour la clientèle industrielle existante. Il faut rappeler que déjà les tarifs ont augmenté de façon considérable au cours des dernières années et on s'attend à ce qu'ils augmentent encore si ça continue au même rythme.»

La société d’État, dit-elle, doit pouvoir développer rapidement de nouvelles sources d’approvisionnement tout en maintenant des tarifs compétitifs. «Nos membres ont besoin d'énergie, mais en même temps il ne faut pas non plus que ça soit fait à des tarifs qui seraient très élevés. Il faut prioriser en fonction de l'importance de l'industrie dans le développement du Québec.»

«Trouver un équilibre»

«En même temps, poursuit-elle, en termes de développement technologique numérique, de souveraineté numérique, on ne peut pas non plus exclure les centres de données. Jusqu’à combien peut-on aller? Il y a aussi une limite à ça et le fait d'avoir un tarif plus élevé devrait un peu aider à balancer toutes ces considérations-là. Idéalement, on devrait pouvoir faire les deux, mais il faut s'assurer de trouver un équilibre

Elle précise toutefois que même s’ils paieront plus cher leur électricité, les centres de données ne doivent pas passer devant les autres lorsque viendra le temps d’octroyer des blocs d’énergie.

De son côté, la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), qui représente les PME, manifeste aussi d’importantes appréhensions. Dans une déclaration écrite envoyée à La Presse Canadienne, son vice-président pour le Québec, François Vincent, avertit que «les PME du Québec ne doivent pas faire les frais de la croissance fulgurante de la demande énergétique de grands joueurs industriels. Nous réitérons qu’il est essentiel que toute nouvelle demande importante, qu’il s’agisse des centres de données ou des chaînes de blocs, soit facturée en fonction du coût marginal de l’énergie.»

Cette approche, explique-t-il, «est la façon la plus juste de protéger l’ensemble de la clientèle dont les PME et d’assurer que les grands projets assument pleinement l’impact réel de leur consommation sur le réseau. L’orientation annoncée aujourd’hui par Hydro‑Québec va clairement dans ce sens, et nous suivrons de près son application pour garantir que les PME demeurent protégées.»

Planification et imprévus

Norma Kozhaya n’ose pas reprocher à Hydro-Québec d’avoir mal planifié dans le passé et d’avoir accordé trop de son électricité à l’exportation et aux chaînes de blocs lorsqu’elle baignait dans les surplus, mais la société d’État doit tirer les leçons qui s’imposent. «C'est toujours difficile de faire des prévisions. Pour les surplus, on ne parle pas d’il y a 20 ans, on avait quand même des surplus il y a 5-6 ans. Peut-être qu'on a été un peu trop rapide, mais par la suite il y a eu plus de volonté d'électrifier, de décarboner qui ont pesé sur la demande. Probablement qu'on n'avait pas anticipé adéquatement les nouveaux besoins et qu’il faudrait probablement mieux le faire pour le futur.» Le développement fulgurant de l'intelligence artificielle, qui requiert des masses de données, est aussi survenu beaucoup plus rapidement que même les experts avaient prévu.

Pour le moment, toutefois, il est temps de se tourner vers d’autres solutions, fait-elle valoir. «Il y a beaucoup d'efforts à faire en termes d'efficacité énergétique sur lesquels il faut continuer de travailler, autant dans l'industriel, le commercial que le résidentiel.»

Elle ajoute que le fait d’avoir levé le pied sur les efforts de décarbonation pourrait aider à dégager un peu de marge de manœuvre. «Malheureusement, ce n’est pas une bonne nouvelle, mais dans le contexte de la guerre tarifaire, il y a des projets d'électrification qui sont un peu ralentis à terme aussi. Il y avait beaucoup de besoins qui provenaient de l'électrification du transport, beaucoup, il faut le rappeler, et cette demande-là va peut-être aussi un peu ralentir.»

Pierre Saint-Arnaud, La Presse Canadienne

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