À quoi peut-on s'attendre de la rencontre entre Donald Trump et Mark Carney?
Le premier ministre Mark Carney s'apprête à être reçu pour une deuxième fois dans le Bureau ovale par le président américain Donald Trump, mardi, alors que la question des droits de douane reste sur toutes les lèvres.
Dans la capitale américaine, le premier ministre devra concilier les attentes des Canadiens et les réalités liées à la négociation avec M. Trump.
Lundi, le président américain a indiqué qu'il restait déterminé à rééquilibrer le commerce mondial et à attirer des entreprises canadiennes en sol américain.
«J'imagine qu'il va poser des questions sur les droits de douane», a déclaré M. Trump lorsque des journalistes lui ont demandé de commenter sa rencontre à venir avec M. Carney.
«Parce que beaucoup d'entreprises canadiennes s'installent aux États-Unis, vous savez, tout le monde revient aux États-Unis, et il va probablement poser des questions sur les droits de douane. Ils perdent beaucoup d'entreprises au Canada», a soutenu M. Trump.
M. Carney et M. Trump sont en contact permanent depuis que les deux dirigeants se sont rencontrés une première fois à la Maison-Blanche, en mai.
Le premier ministre Carney a abandonné la taxe sur les services numériques et de nombreux droits de douane de rétorsion. Il a renforcé la sécurité aux frontières et accéléré les dépenses de défense afin d'atteindre les objectifs de l'OTAN.
De son côté, M. Trump a augmenté les droits de douane sur le Canada à 35 % en août, mais ces derniers ne s'appliquent pas aux marchandises conformes à l'accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique.
Le Canada est également affecté par les droits de douane américains sur l'acier, l'aluminium, les automobiles et le cuivre.
Des droits de douane sur le bois d'œuvre devraient entrer en vigueur plus tard en octobre. M. Trump a aussi annoncé lundi son intention d'imposer un droit de douane de 25 % sur les importations de camions moyens et lourds à partir du 1er novembre.
Trump pense qu'il gagne
Malgré toutes les concessions faites par le Canada, rien n'indique que M. Trump fera marche arrière dans le dossier des droits de douane.
«À mon avis, la perspective d'un changement significatif des droits de douane sur quoi que ce soit est assez faible», a mentionné Brian Clow, ancien chef de cabinet adjoint de l'ancien premier ministre Justin Trudeau.
«Donald Trump aime les droits de douane qu'il a mis en place. Il pense qu'il est en train de gagner.»
M. Clow a travaillé au cabinet du premier ministre de 2017 à mars dernier. Il a dirigé le dossier des relations entre le Canada et les États-Unis sous M. Trudeau et a été aux premières loges pendant le premier mandat de M. Trump.
«Si M. Carney annonce que les négociations ont repris (…), ce sera déjà une bonne chose en soi», a fait valoir M. Clow.
Contrairement à certains autres observateurs, M. Clow ne croit pas que M. Carney ferait mauvaise figure s'il quittait Washington sans obtenir de réduction des droits de douane.
On ne sait pas encore si cette rencontre apportera des changements. Le cabinet du premier ministre a fait savoir dans un communiqué que la visite de M. Carney serait axée sur les priorités communes dans le cadre d'une nouvelle relation économique et sécuritaire entre le Canada et les États-Unis.
Penser à long terme
Selon M. Clow et d'autres experts, M. Carney mise sur le long terme pour assurer l'avenir de l'Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM), qui doit être révisé l'année prochaine.
Ottawa et Washington ont lancé séparément des consultations sur l'ACEUM en septembre.
Christopher Sands, directeur du Centre d'études canadiennes de l'Université Johns Hopkins, attend «un signe de la part des États-Unis indiquant qu'ils sont réellement disposés à répondre d'une manière ou d'une autre à ce que Mark Carney et les Canadiens ont proposé».
Il ne s'agit pas nécessairement d'un accord, a précisé M. Sands, mais plutôt d'une indication que l'administration Trump considère l'approche de M. Carney comme plus efficace que celle de M. Trudeau.
Si M. Carney repart sans accord, il n'affaiblira pas pour autant l'image du Canada, pense aussi Richard Stern, directeur par intérim du Thomas A. Roe Institute for Economic Policy Studies de la Heritage Foundation, un important groupe de réflexion conservateur.
Selon lui, la rencontre en soi est un bon signe.
«Je pense que cela signifie en fait qu'il se passe quelque chose qui le pousse à s'asseoir avec M. Trump», a analysé M. Stern, qui ne s'attend toutefois pas à un accord-cadre.
Kelly Geraldine Malone, La Presse Canadienne
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