Selon un sondage Léger
Une vaste majorité de Québécois souhaite que l'avortement soit protégé avec une loi
Une vaste majorité de Québécois est favorable à ce que le gouvernement légifère pour protéger le droit à l’avortement, selon un sondage Léger commandé par la Coalition avenir Québec (CAQ). Un signe clair de l'inquiétude qui règne au Québec en raison du contexte mondial, selon le ministre de la Justice, Simon Jolin-Barrette, qui vient de déposer son projet de constitution, notamment pour protéger ce droit.
Selon le coup de sonde, dont La Presse Canadienne a obtenu copie, 77 % des répondants se disent favorables à ce que le Québec se dote «d’outils légaux supplémentaires pour protéger le droit à l’avortement». Ce pourcentage grimpe à 83 % pour les femmes.
«Je pense que les chiffres parlent d'eux-mêmes. Je pense que ça démontre à quel point c'est important de protéger le libre choix au Québec et qu’il y a une crainte. (...) Il ne faut pas attendre de se retrouver dans une situation comme dans certains États où ce droit-là est constamment attaqué», a indiqué le ministre en entrevue avec La Presse Canadienne.
Jeudi, le ministre a déposé son projet de constitution du Québec. L’article 29 stipule que l’«État protège la liberté des femmes d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse».
La ministre Martine Biron, qui était jusqu’à tout récemment responsable de la Condition féminine, a voulu légiférer pour protéger le droit à l’avortement, mais elle s’est butée à de nombreuses critiques.
Le Barreau du Québec avait notamment affirmé au «Devoir» en juin 2023 que de légiférer sur l’avortement pourrait «ouvrir la porte à d’éventuelles limitations à ce droit». La ministre Biron avait finalement renoncé à son entreprise.
Le ministre Jolin-Barrette assure que le chemin qu’il emprunte est différent de celui de sa collègue. «Le fait d'imposer au gouvernement, à l'État, une obligation d'agir va justement rajouter une digue supplémentaire pour protéger ce droit-là et pour agir. Donc, s'il était attaqué, ça va forcer l'État québécois à le défendre», explique-t-il.
«Cobayes législatifs»
Simon Jolin-Barrette dit avoir rencontré plusieurs groupes, dont la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN), qui s’oppose aussi à ce que l’État légifère sur ce droit.
«À partir des commentaires qu'ils m'ont faits, ça nous a permis de réfléchir au libellé, tel que nous l'avons aujourd'hui, qui force l'État à agir», a indiqué M. Jolin-Barrette.
Or, cela n’a vraisemblablement pas rassuré la FQPN. Dans un communiqué publié après le dépôt du projet de constitution, la fédération «exige le retrait de l’article sur l’avortement», affirmant que les «femmes du Québec ne sont pas des cobayes législatifs».
«Considérant que cette “loi des lois” peut être modifiée comme n’importe quelle autre loi par majorité simple et peut donc être amendée pour inclure des restrictions, ce projet de loi constitutionnelle ouvre la voie à la judiciarisation. Les mouvements anti-avortement à travers le Québec et le Canada attendent un tel projet depuis 1988», écrit la FQPN.
Le ministre dit comprendre leur crainte. «Je vais toujours être à l'écoute», a-t-il assuré en entrevue.
De son côté, la mairesse sortante de Longueuil, Catherine Fournier, a salué la décision du ministre d’inscrire le droit à l’avortement dans la constitution.
«Au-delà de la jurisprudence actuelle, si un individu ou un groupe conteste le droit d'une femme à avoir recours à l'avortement devant les tribunaux (...), la Cour du Québec pourra trancher rapidement en faveur des femmes en cause grâce à la primauté de cet article et du caractère supralégislatif de la constitution», a-t-elle argumenté sur Facebook jeudi.
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Le sondage Léger a été réalisé du 22 au 28 avril 2025 pour le compte de la Coalition avenir Québec auprès de 1500 personnes qui ont répondu à un sondage web. «À titre indicatif, un échantillon probabiliste de 1500 répondant·e·s aurait une marge d’erreur présumée de ±2,53 %, et ce 19 fois sur 20», indique le rapport.
Thomas Laberge, La Presse Canadienne
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