Accord de libre-échange
Un ancien responsable américain optimiste quant au renouvellement de l’ACEUM
Par La Presse Canadienne
Un ancien fonctionnaire du département d’État américain se dit optimiste quant au renouvellement de l’accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique (ACEUM).
Edward Fishman, auteur de «Chokepoints: American Power in the Age of Economic Warfare» (Points d’étranglement: la puissance américaine à l’ère de la guerre économique), a fait part de son point de vue lors d’un dîner organisé par l’École de commerce Haskayne de l’Université de Calgary.
Le professeur associé de l’Université Columbia dit qu’il peut imaginer que les Canadiens se sentent comme des «cibles faciles» alors que leur partenaire commercial le plus proche bombarde ses adversaires et ses alliés de menaces tarifaires.
Mais il ajoute que les relations commerciales ne sont pas à sens unique et que les États-Unis subiraient un préjudice économique important si les échanges commerciaux avec le Canada étaient interrompus.
M. Fishman affirme que les dirigeants politiques et économiques américains, même ceux qui ont des tendances conservatrices, sont convaincus de l’importance du commerce transfrontalier et sont susceptibles de tempérer les caprices quotidiens du président Donald Trump.
«Même si l'on ne peut pas faire confiance à cette personne en particulier, je pense qu'en fin de compte, il existe un soutien massif au libre-échange entre les États-Unis, le Canada et le Mexique», a-t-il dit aux journalistes.
Il ajoute que les pays qui ont le mieux résisté aux droits de douane américains sont ceux qui ont fait preuve de la plus grande détermination, de la plus grande résilience et de la plus grande volonté de riposter, citant l’Inde, le Brésil et la Chine comme exemples.
M. Fishman souligne que l’Inde a fait preuve de détermination face aux droits de douane américains de 50 %, le premier ministre Narendra Modi refusant de «se précipiter vers M. Trump pour conclure un accord, comme l'Union européenne l'avait fait quelques mois auparavant».
Le Brésil a incarné la résilience avec brio, enregistrant sa meilleure année d'exportations en 2025 malgré des droits de douane américains de 50 %. Le pays y est parvenu en trouvant de nouveaux marchés pour son bœuf, son café et ses autres produits.
L'essentiel des exportations énergétiques canadiennes est destiné aux États-Unis. Des efforts sont déployés pour étendre leur présence sur les marchés asiatiques grâce à un nouveau pipeline vers la côte ouest.
M. Fishman se montre optimiste quant aux relations canado-américaines, mais estime qu'il est judicieux pour le Canada de se doter d’une certaine marge de manœuvre en recherchant de nouveaux partenaires commerciaux.
Selon lui, les dirigeants mondiaux qui ont su tenir tête à M. Trump, comme M. Modi, n'étaient pas nécessairement plus rusés que le premier ministre Mark Carney, ils avaient simplement la tâche plus facile, leur commerce étant moins exposé au marché américain.
La Chine a montré l'exemple
L'idée de représailles met mal à l'aise de nombreux pays, mais M. Fishman juge que la Chine a riposté efficacement.
«Sans conteste, le principal événement géoéconomique de 2025 n'était pas les droits de douane imposés à l'occasion de la "Journée de la libération", mais plutôt les contrôles à l'exportation imposés par la Chine sur les terres rares en provenance des États-Unis», a soutenu M. Fishman.
«Je pense que cela a vraiment ébranlé l'administration Trump. Et cela a démontré que, lorsque les pays ripostent, ils peuvent effectivement instaurer un certain niveau de dissuasion», a-t-il ajouté.
Il a ensuite déclaré aux journalistes que gagner une guerre économique ne dépend pas nécessairement de la performance économique d'un pays, mais bien de sa capacité à encaisser les coups durs.
«En quelque sorte, la Chine a révélé le talon d'Achille de la politique de guerre économique des États-Unis en 2025, soit une faible tolérance à la douleur au niveau politique.»
Le Canada a imposé des droits de douane de représailles contre les États-Unis l'an dernier, mais la plupart ont été levés.
La capacité du Canada à se serrer les coudes et à résister aux attaques commerciales américaines est compromise par la grande diversité régionale de son économie, croit Robert Johnston, directeur des politiques énergétiques et des ressources naturelles à l'École de politiques publiques de l'Université de Calgary.
«L'Alberta n'a pas vraiment été touchée de la même manière que l'Ontario», a-t-il déclaré aux journalistes, citant le secteur manufacturier durement frappé comme exemple. «C’est là le problème: la souffrance ne semble pas être répartie équitablement.»
Jackie Forrest, directrice générale de l’ARC Energy Research Institute, a déclaré que c’est pourquoi les dirigeants provinciaux doivent s’entendre.
«C’est l’un des obstacles qui nous freinent. M. Carney, au moins, réunit régulièrement les premiers ministres. Nous devons poursuivre dans cette voie pour parvenir à une harmonisation.»
Lauren Krugel, La Presse Canadienne
