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Pour réduire les séquelles

Le Viagra pourrait aider les nouveau-nés qui ont manqué d'oxygène

Le Viagra pourrait aider les nouveau-nés qui ont manqué d'oxygène
Photo: La Presse Canadienne
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Le sildénafil pourrait réduire l'importance des séquelles des nouveau-nés qui ont manqué d'oxygène pendant la grossesse ou à la naissance, démontre une étude pilotée par une médecin de l'Hôpital de Montréal pour enfants.

Les nouveau-nés atteints d'encéphalopathie néonatale sont habituellement traités par hypothermie thérapeutique, la seule option utilisée pour prévenir les lésions au cerveau dans de tels cas, mais environ le tiers des nouveau-nés qui la reçoivent développent tout de même des séquelles neurologiques importantes.

«Le cerveau d'un bébé est différent du cerveau d'un adulte», a expliqué l'auteure de l'étude, la docteure Pia Wintermark, qui est néonatologiste à l’HME et scientifique au Programme en santé de l’enfant et en développement humain de l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill.

«Il est toujours en train de se développer, même après la naissance. Donc notre idée c'était de dire: est-ce qu'on pourrait utiliser ses capacités à développer et peut-être les stimuler pour pouvoir le réparer?»

Des recherches précédentes effectuées sur des rats avaient démontré que le sildénafil, une molécule mieux connue sous son nom commercial de Viagra, peut aider la guérison du cerveau des adultes ayant subi un accident vasculaire cérébral. La docteure Wintermark et ses collègues ont donc voulu savoir si un même effet thérapeutique serait observé chez les bébés.

Son équipe a procédé, entre 2016 et 2019, à l'étude de 24 bébés nés à 36 semaines de gestation ou plus, avec une encéphalopathie néonatale modérée à sévère, ayant été placés sous hypothermie thérapeutique et présentant des lésions cérébrales malgré le traitement.

Huit bébés ont reçu du sildénafil à partir du deuxième ou troisième jour de vie, et ce, deux fois par jour pendant sept jours, pour un total de 14 doses. Un placebo a été administré à trois autres nouveau-nés.

La première phase de l'étude a permis d'établir que le médicament peut être administré aux nouveau-nés en toute sécurité, puisque seule une légère baisse de pression artérielle temporaire a été observée chez certains d'entre eux.

Les chercheurs en ont aussi profité pour vérifier, de manière exploratoire, l'efficacité de la molécule. Ils ont constaté, chez cinq nouveau-nés après 30 jours de vie, une guérison partielle de leurs lésions, une réduction de la perte de volume cérébral et une augmentation de la matière grise profonde. Aucune amélioration du genre n'a été vue dans le groupe placebo.

«On ne va peut-être pas les guérir complètement, mais si au moins on pouvait améliorer leur cerveau et comment il fonctionne, pour nous ce serait déjà un gain et pour les parents aussi, a dit la docteure Wintermark. Et même avec notre petit groupe de patients, on a vu des effets encourageants.»

Neuf patients sur dix ont été revus à 18 mois afin de procéder à leur évaluation neurodéveloppementale. Dans le groupe ayant reçu le sildénafil, un bébé sur six a développé une paralysie cérébrale, contre trois bébés sur trois dans le groupe placebo. Un retard global du développement et de la motricité fine a été noté chez deux enfants sur six à qui on a donné le médicament, alors que les trois enfants du groupe placebo en souffrent.

Le sildénafil, a expliqué la docteure Wintermark, semble en mesure non seulement d'empêcher la mort de certaines cellules cérébrales, mais aussi de stimuler leur régénération. La molécule combattrait également l'inflammation qui envahit un cerveau qui a manqué d'oxygène à la naissance et réduirait les dommages.

Le sildénafil contribuerait par ailleurs à la myélinisation qui survient pendant les premiers mois et les premières années de vie, un phénomène qui voit les cellules nerveuses se spécialiser, a ajouté la chercheuse.

«Donc, par plein de moyens (le sildénafil) va un peu remplacer certaines cellules nerveuses, empêcher qu'il y ait trop de dommages et les rendre un peu plus spécialisées, et c'est par tous ces moyens qu'on pense que c'est efficace», a dit la docteure Wintermark.

De nouvelles études seront maintenant effectuées sur de plus larges cohortes afin de confirmer les conclusions de la phase 1, de définir le dosage optimal de sildénafil et d’établir son potentiel neuroprotecteur et neurorestorateur.

Les conclusions de cette étude ont été publiées par le Journal of Pediatrics.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne

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