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Découverte à l’Université de Montréal

Un fœtus peut se familiariser avec une langue étrangère dans le ventre de sa mère

durée 18h00
13 octobre 2025
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Par La Presse Canadienne

Des chercheuses en neuropsychologie de l’Université de Montréal ont fait une découverte fascinante. Elles ont constaté qu’il est possible de se familiariser avec une langue étrangère avant même de venir au monde.

Après avoir fait écouter à répétition une autre langue à des fœtus dans le ventre de femmes issues de milieux complètement francophones, elles ont démontré que leur cerveau réagissait de la même manière, après la naissance, qu’en entendant leur langue maternelle.

Pour parvenir à cette conclusion, elles leur ont fait écouter pendant cinq semaines des livres audio en hébreu ou en allemand. Ces langues ont été choisies parce qu’elles sont «différentes du français sur les plans phonologique et acoustique», indique la professeure de neuropsychologie pédiatrique qui a dirigé cette étude, Anne Gallagher.

À partir de leur 35e semaine de grossesse, les 60 femmes recrutées ont fait écouter à leur bébé en gestation des histoires pour enfants, deux fois par jour, pendant une vingtaine de minutes dans un environnement calme et silencieux, grâce à des écouteurs qu’elles plaçaient sur leur bedaine.

Une fois nés, ils ont été suivis au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine. Les chercheuses ont utilisé la spectroscopie proche infrarouge fonctionnelle, une technique d'imagerie optique qui mesure l’activité cérébrale en détectant les changements de concentration de sang oxygéné et désoxygéné dans le cortex cérébral. Le résultat a été saisissant.

«On a regardé la réaction de leur cerveau à chacune des langues. Ce qu'on a vu, c'est que le français était traité par les régions qui sont associées au langage dans le cerveau, donc c’est une réaction normale à une langue qu'on connaît. Les bébés qui écoutaient une langue avec laquelle ils avaient été familiarisés pendant la grossesse, ils ont eu une activation dans le cerveau qui ressemblait à celle du français. Il y avait certaines différences, mais ça recrutait des aires associées au traitement du langage, alors que pour la langue qui était non familière, c'était plutôt traité comme des stimuli auditifs, donc pas des aires qui sont caractérisées pour traiter du langage ou faire des processus langagiers», explique Mme Gallagher.

Il ne faut toutefois pas en conclure qu’ils ont appris une nouvelle langue in utero. «Je ne dirais pas qu’il apprend une langue, mais qu’il est capable de se familiariser avec une langue, donc de reconnaître que c’est une langue et de la traiter avec des aires reliées au langage dans son cerveau», précise la neuropsychologue.

En tout, son équipe a vu ces bébés à sept reprises: à la naissance, à 4 mois, 8 mois, 12 mois, 18 mois, 24 mois et 36 mois. À chacune de leurs visites au laboratoire, on a enregistré l’activité de leur cerveau au repos, puis pendant qu'ils écoutaient les mêmes histoires narrées en différentes langues.

«On a fait une évaluation développementale pour voir comment ils se développent sur le plan cognitif, langagier, moteur. À trois ans, on peut aller plus loin dans l'évaluation. On peut tester, par exemple, les habiletés intellectuelles. Avec toutes ces données, on est en train de regarder sur le plan longitudinal comment les réseaux se développent. Il n'y a pas beaucoup d'études longitudinales parce que ça coûte cher et c'est long.»

Des effets à long terme improbables

Mme Gallagher doute cependant que les effets perdurent.

«S'ils ne sont pas dans un environnement où il y a beaucoup d’hébreu, par exemple, je ne pense pas qu'ils vont garder ces réseaux-là parce que ça ne leur sert à rien. Je serais très étonnée qu'on voie quelque chose encore. Le cerveau est tellement plastique, il va avoir été exposé à beaucoup de choses. À mon avis, on ne verra plus d'effets, et ce serait normal à cause de la plasticité qui est tellement grande à cet âge-là.»

Même si ces enfants ont été exposés à l’allemand ou à l’hébreu avant leur naissance, cela ne signifie pas pour autant qu’ils apprendront plus facilement ces langues plus tard dans leur vie, souligne-t-elle.

«Il faut être prudent, on ne le sait pas. Mais ça veut dire qu'on peut vraiment influencer le développement du cerveau au niveau des réseaux langagiers en prénatal

D’ailleurs, plus on vieillit, plus il est ardu d’acquérir de nouvelles connaissances. C’est encore la plasticité du cerveau qui est en cause.

«Notre cerveau est encore plastique, ç’a maintenant été démontré, mais moins que celui d’un enfant, qui va se modifier ou se moduler à son environnement beaucoup plus que celui d’un adulte. C’est pourquoi certains apprentissages sont plus difficiles à l'âge adulte», affirme Mme Gallagher.

Sébastien Auger, La Presse Canadienne

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