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Explications du professeur Thierry Alquier

Certains neurones ont aussi besoin de gras, pas seulement de sucre, pour fonctionner

Certains neurones ont aussi besoin de gras, pas seulement de sucre, pour fonctionner
Photo: La Presse Canadienne
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Certains neurones ont besoin non seulement de glucose, mais aussi de lipides, pour bien fonctionner, démontre une étude à laquelle a participé un chercheur montréalais.

Cela pourrait un jour permettre de mieux comprendre des maladies comme l’obésité et le diabète de type 2, en explorant le rôle encore peu connu du métabolisme lipidique dans le cerveau.

La littérature scientifique avait déjà décrit la présence de ces lipides dans un cerveau malade, a dit le professeur Thierry Alquier, du Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal, «mais nous, on voulait savoir si (...) un cerveau en santé avait aussi un certain niveau d'accumulation ou de formation de ces graisses, et surtout, quel pouvait être leur rôle».

«Est-ce que ce sont des composantes normales du cerveau en santé, à quoi elles servent et surtout, dans quel type cellulaire?, a-t-il énuméré. On s'est concentrés sur les neurones parce qu'il n'y avait quasiment rien dans ce domaine-là, tout ce qui avait été décrit étaient des graisses dans des cellules non neuronales du cerveau.»

Le professeur Alquier et ses collègues de l'Université de la Colombie-Britannique ont constaté que certains neurones, en plus du glucose, stockent et utilisent aussi des graisses pour réguler l’équilibre énergétique du corps.

Ces réserves lipidiques prennent la forme de gouttelettes et leur observation a nécessité le recours à des outils d'imagerie extrêmement sophistiqués. Cela a permis aux chercheurs de constater qu'elles «sont présentes et fonctionnelles dans les neurones de plusieurs espèces, des insectes aux mammifères», a-t-on expliqué par voie de communiqué.

Lors d'expériences en laboratoire, notamment avec des mouches à fruits et des souris, les chercheurs ont constaté «des effets importants sur la prise alimentaire, la dépense énergétique et le poids corporel» s'ils intervenaient génétiquement.

«On a bloqué soit la formation, soit l'utilisation de ces graisses, a expliqué le professeur Alquier. On a vu que la structure des membranes des neurones était altérée, mais aussi leur fonctionnement énergétique et leur activité électrique.»

Cela affectait ensuite la capacité à manger normalement, le maintien du poids corporel et l'utilisation du gras périphérique, a-t-il précisé.

Ces neurones, a-t-il poursuivi, s'activent principalement lorsque l'organisme est en «condition énergétique négative», comme au réveil le matin. Ces neurones vont alors s'activer pour stimuler l'appétit ou des comportements alimentaires comme la recherche de nourriture.

Si on bloque l'utilisation des graisses par ces neurones, a dit le professeur Alquier, «ils deviennent hypoactifs (...) et les animaux ne s'alimentent plus de manière normale».

Ces travaux démontrent que le cerveau n'utilise pas exclusivement le glucose comme source d'énergie pour alimenter le fonctionnement des neurones, a ajouté le professeur Alquier.

«Les neurones sont capables d'utiliser des acides gras (...) pour leur activité électrique, et ça, c'est tout nouveau, a-t-il dit. Ça change toutes les notions qu'on avait sur l'énergétique, les besoins et le métabolisme énergétique du cerveau.»

Les conclusions de cette étude ont été publiées par le journal Nature Metabolism.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne

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