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Près de 300 000 réfugiés

Les Ukrainiens font face à un statut et à un avenir incertains au Canada

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3 avril 2026
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Par La Presse Canadienne

Après le début de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par la Russie en 2022, près de 300 000 Ukrainiens ont été accueillis dans des communautés partout au Canada dans le cadre d'un programme de visas d'urgence qui permettait aux personnes fuyant la guerre de travailler et d'étudier temporairement dans le pays.

Beaucoup de ceux qui ont choisi de rester font face à un avenir incertain à mesure que leurs visas d’autorisation de voyage d’urgence Canada-Ukraine (AVUCU) arrivent à expiration. Ils doivent demander une prolongation de leur statut, sans perspective claire d’obtention de la résidence permanente.

«Ce que j’entends de la part des gens, de nos dirigeants communautaires (…) c’est qu’il y a beaucoup d’inquiétude quant à leur capacité à rester au Canada», a indiqué Ihor Michalchyshyn, directeur général du Congrès ukrainien canadien.

«Les gens sont ici depuis quatre ans, leurs enfants grandissent au Canada et ils s’enracinent ici, mais ils sont toujours sous ce statut temporaire», a-t-il souligné.

Les titulaires d’un visa AVUCU avaient jusqu’au 31 mars pour demander un nouveau permis de travail ou d’études, ou pour renouveler leur permis de travail pour une durée maximale de trois ans. Ce délai a été prolongé d’un an, a annoncé cette semaine Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC).

Les données gouvernementales montrent qu'environ 2500 titulaires de visas AVUCU sont devenus résidents permanents.

Plus de 25 000 titulaires de permis ont demandé la résidence permanente par le biais d'un volet temporaire destiné aux personnes ayant des membres de leur famille qui sont citoyens canadiens ou résidents permanents, mais IRCC a indiqué que seules 3200 de ces demandes ont été approuvées à ce jour.

Le gouvernement a mentionné que les Ukrainiens pouvaient également demander la résidence permanente par le biais des programmes d’immigration régionaux et basés sur l’emploi habituels.

Appel à simplifier le processus

Selon M. Michalchyshyn, il faudra toutefois en faire davantage pour garantir aux Ukrainiens éligibles un parcours plus fluide vers la résidence permanente.

Il a appelé le gouvernement à simplifier le processus pour ceux qui sont diplômés d'un établissement d'enseignement supérieur canadien ou qui ont au moins un an d'expérience professionnelle au Canada.

Augmenter le nombre de places réservées aux Ukrainiens dans les programmes des candidats des provinces pourrait également aider, a-t-il ajouté.

Ottawa a toutefois précisé qu’il s’attendait toujours à ce que de nombreux Ukrainiens ayant fui la guerre retournent dans leur pays d’origine une fois le conflit terminé.

La Presse Canadienne s'est entretenue avec plusieurs Ukrainiens au sujet de leurs espoirs d'avenir au Canada.

Lorsque Mariia Bokovnia est arrivée en mai 2022, elle n'était pas sûre de rester après avoir terminé un programme de recherche de courte durée à l'université Brock, à St. Catharines, en Ontario, car elle avait le sentiment que cela reviendrait à trahir son pays.

«Partir, c'était comme abandonner ma famille, mes amis, mon pays au moment le plus difficile de notre histoire», a raconté la jeune femme de 26 ans.

Ses parents n’avaient jamais visité le Canada, mais ils l’ont encouragée à rester dans un pays où les immigrants se sentent en sécurité, s’épanouissent et trouvent des opportunités d’emploi.

«C'est une façon très drôle de le dire, mais ils ne voulaient tout simplement pas de moi (en Ukraine). Ils ne voulaient pas s'inquiéter pour moi», a-t-elle précisé.

Ce n’était pas une décision facile à prendre, mais Mme Bokovnia a fini par se rallier à l’avis de ses parents.

«Mon cœur est en Ukraine, mais le Canada est devenu ma deuxième maison», a-t-elle soutenu.

Un parcours semé d'embûches

Maryna Shum consulte un psychologue une fois par semaine.

«Je suis quelqu’un d’assez forte (…) Je peux tout gérer, a-t-elle expliqué. Mais à un moment donné, j’ai compris que j’avais besoin d’aide.»

Les nouvelles quotidiennes en provenance d’Ukraine sont déprimantes, a déclaré cette résidente d’Ottawa âgée de 44 ans.

Mais elle a une autre source d’anxiété à des milliers de kilomètres de son pays d’origine: un avenir incertain, car son permis de travail expirera l’année prochaine.

«Ce statut indéterminé est très stressant. Il nous met en suspens et dans une situation d’incertitude», a-t-elle mentionné.

Mme Shum se dit «extrêmement reconnaissante» envers le gouvernement et la population du Canada pour tout le soutien qu’elle a reçu depuis son arrivée au Canada avec sa fille, sa mère et leur chien en avril 2022.

Mais le flou entourant son statut juridique a affecté tous les aspects de sa vie alors que la guerre se prolonge en Ukraine sans qu’une issue ne soit en vue.

Des décisions simples, comme l'achat d'une voiture, deviennent difficiles, a-t-elle expliqué, et les employeurs ne peuvent pas compter sur des travailleurs dont le statut d'immigration est incertain.

Solomiia Loik avait 17 ans lorsque la guerre a contraint sa famille à quitter son domicile dans l’ouest de l’Ukraine et à parcourir des milliers de kilomètres pour se mettre en sécurité. Ils se sont installés au Manitoba, où elle s’est inscrite à l’école secondaire.

«Le premier défi a été la langue, a-t-elle témoigné. J’avais quelques bases, mais j’avais quand même du mal, et j’ai dû y consacrer beaucoup d’efforts pour obtenir mon diplôme en un an.»

Solomiia Loik a peu à peu surmonté ces difficultés, s’est fait de nouveaux amis, a trouvé un emploi et un petit ami, et un an après son arrivée, elle a été admise en biochimie à l’Université du Manitoba. L’établissement permet aux titulaires d’un visa AVUCU de payer les frais de scolarité applicables aux étudiants canadiens.

Mais elle vit toujours dans la crainte constante de la situation dans son pays d’origine.

«L’Ukraine me manque et je n’ai jamais voulu quitter l’Ukraine», a souligné la jeune femme, aujourd’hui âgée de 20 ans.

Comme d’autres, Mme Loik est confrontée à un parcours semé d’embûches vers la résidence permanente. Elle a expliqué qu’elle est loin d’avoir les points nécessaires pour être invitée à présenter une demande, car elle est arrivée ici alors qu’elle était mineure et qu’elle n’a pas beaucoup d’expérience professionnelle.

Une décision rapide

La fille de Galya Matkovska est née deux mois seulement avant le début de la guerre en Ukraine.

«J’espérais pouvoir élever mon enfant à Kyiv, mais dès que j’ai vu mon bébé à l’hôpital, j’ai su qu’elle était ma priorité absolue, a-t-elle raconté. Je ne pouvais pas imaginer me cacher avec elle dans des abris anti-bombes.»

Galya Matkovska, 28 ans, son mari et leur bébé ont pu fuir l'Ukraine en traversant la frontière roumaine quelques heures avant l'entrée en vigueur de la loi martiale interdisant aux hommes de quitter le pays. Lorsque le Canada a annoncé son intention d'accueillir les Ukrainiens fuyant la guerre, la famille se trouvait en Pologne.

«C'était une décision assez rapide», a-t-elle indiqué à propos de leur déménagement au Canada. Le couple parlait anglais, et le mari de Mme Matkovska pouvait continuer à travailler pour son entreprise dans son bureau canadien.

Quatre ans plus tard, la famille vit dans la capitale canadienne avec ses deux chiens, dont l’un a été ramené d’Ukraine. Mme Matkovska travaille au service marketing et communication d’un organisme de santé à but non lucratif.

Le fait d'avoir des emplois stables a facilité leur processus d'immigration, et ils sont désormais résidents permanents canadiens.

Mme Matkovska a mentionné que si sa famille avait eu de la chance de ne pas avoir connu de difficultés financières, «sur le plan émotionnel, cela a été extrêmement difficile».

Il lui a fallu du temps pour s’adapter à la réalité de sa vie d’immigrante.

«J’ai dû prendre soin de ma santé mentale, car j’avais l’impression de m’effondrer», a-t-elle affirmé, ajoutant qu’elle avait commencé à prendre des antidépresseurs pour la première fois de sa vie.

Mais elle ne se sent pas étrangère à Ottawa et ce qu’elle apprécie le plus au Canada, c’est son esprit d’inclusion, l’égalité des droits et l’accueil chaleureux.

«J’ai rencontré tellement de personnes incroyables qui (…) ne me devaient rien, mais qui se sont souciées de moi», a-t-elle avancé.

Sharif Hassan, La Presse Canadienne

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