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La dernière bataille des expropriés de Mirabel

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24 février 2015
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Eric Mondou
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Par Eric Mondou, Journaliste

Alors que le démantèlement de l’aérogare va bon train, les expropriés de Mirabel attendent toujours    que les derniers acres de terres perdues il y a  plus 45 ans leur soient rétrocédés, et ce, plus de huit ans après que le gouvernement Harper leur ait fait la promesse de compléter le travail.

Marcel Denis et Albert Gingras font partie des quelque 3000 personnes qui ont été chassées de leurs terres en 1969. Leur famille respective avait le malheur de vivre dans la zone de 97 000 acres, qui était alors destinée à accueillir le plus grand aéroport en Amérique du Nord. 

La suite est bien connue. Seuls six mille acres ont finalement été nécessaires et l’aéroport Mirabel est reconnu parmi les plus gros éléphants blancs de l’histoire contemporaine canadienne.  

Au cours des 30 dernières années, les deux hommes ont été de toutes les batailles pour que justice soit rendue aux expropriés et à leurs descendants. Il leur en reste une toute petite à livrer, mais combien importante à leurs yeux. 

En mai dernier, ils ont appris que Transports Canada, propriétaire des terres, n’avait pas l’intention de rétrocéder aux familles expropriées les quelque 840 acres restants. Ces terres font partie du dernier «11 000 acres» que le premier ministre Stephen Harper avait lui-même promis de rétrocéder en décembre 2006.

Ce secteur de 840 acres comprend un ancien poste de quarantaine, une tourbière ainsi qu’une vaste zone boisée qui pourrait, selon MM. Denis et Gingras, être facilement aménagée en érablières. 

Au mois d’août dernier, les deux hommes se sont rendus directement à Ottawa, en quête d’explications. 

«On nous a dit que le Programme de vente était terminé et qu’au lieu de rétrocéder 11 000 acres, ce serait finalement près de 10 000», fustige Marcel Denis.

Selon Transport Canada, le Programme de vente des 11 000 acres, qui est venu à échéance au printemps 2013, prévoyait que tout terrain restant serait disposé selon les politiques gouvernementales applicables.

«Ainsi, ces terrains ont d'abord été offerts simultanément aux ministères fédéraux qui ont la garde de biens, aux sociétés d'État mandataires et aux administrations provinciales et municipales, pour des fins publiques seulement. Cette étape complétée, les terrains restants sont offerts au grand public», indique par courriel Marie-Anick Côté, porte-parole chez Transports Canada.

La Ville de Mirabel s’y intéresse  

Selon Marcel Denis, cette promesse non tenue par le gouvernement conservateur constitue un affront pour les familles qui ont vécu les malheurs de l’expropriation. D’autant plus que les terres en question leur avaient été offertes via un avis public publié en octobre 2010 dans les journaux locaux.  

Et selon les chiffres de Transport Canada, une douzaine de personnes s’étaient alors montrées intéressées à racheter les terres. 

«Il y a des gens qui ont signalé leur intérêt d’acheter. Et après, le gouvernement est prêt à vendre à quelqu’un d’autre, et ce, en catimini. C’est une véritable insulte», affirme Marcel Denis. 

Selon les deux hommes, la revente de ces 840 acres n’a pu se réaliser en raison de l’obstruction faite au cours des dernières années par la Ville de Mirabel. L’ex-maire, Hubert Meilleur, ne s’était jamais caché pour crier haut et fort son désir d’avoir lui aussi une part du gâteau.  

D’ailleurs, la Ville de Mirabel est la seule instance publique a avoir démontré à Transports Canada son intérêt pour l’une de ses terres. Deux lots en particulier seraient convoités par la municipalité.

«On ne sait trop encore quelle vocation on donnerait à ses terrains. Ils pourraient servir à une pépinière municipale ou un site de neige usée», a indiqué le maire Jean Bouchard. 

Or, le premier magistrat dit être sensible aux requêtes des expropriés. Et loin de lui son intention de «passer par-dessus eux». 

«J’approuve la pression mise sur le fédéral pour que les terres leur soient rétrocédées. On a simplement manifesté notre intérêt, car on nous l’a demandé», indique-t-il.

Dernière bataille 

Du côté d’Ottawa, la députée d’Argenteuil-Papineau-Mirabel, Mylène Freeman, tente elle aussi de mettre de la pression sur le gouvernement conservateur.

Le 2 février dernier, elle a imploré la ministre des Transports, Lisa Raitt, de respecter la parole faite par le premier ministre Harper aux agriculteurs il y a près d’une décennie.  

Albert Gingras et Marcel Denis se défendent d’être entêtés. Selon eux, la rétrocession se doit d’être complétée, ne serait-ce que pour la valeur symbolique que cela représente pour les expropriés. 

Et s’il y a un gouvernement qui peut le faire, c’est bien le gouvernement conservateur, estiment ils. 

«C’est ce gouvernement qui a amorcé le travail en 1984. Qu’il le complète. Il nous reste juste ce petit bout-là à faire. On aimerait que la job se finisse», conclut Albert Gingras.

 

Le dossier de l'expropriation de Mirabel en quelques dates 

1969

 Annonce par le gouvernement fédéral de la construction d’un aéroport à Mirabel. Début du  processus d'expropriation de 97 000 acres

1975

 Inauguration de l’aéroport Mirabel

1981

 80 000 acres sont jugés excédentaires

1984 

 Le gouvernement de Brian Mulroney met de l’avant un programme de vente de 80 000  acres

2002

 Annonce que tous les vols seront transférés dès 2004 à Montréal-Trudeau

2006

 Annonce du premier ministre Harper du programme de vente des 11 000 acres

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