L'étau se resserre pour TransCanada
Alors que TransCanada a ajouté 9000 pages à sa demande à l'Office national de l'Énergie (ONÉ), mercredi, le projet continue de faire des remous au Québec et notamment dans les Basses-Laurentides.
Depuis déjà plusieurs mois, le géant pétrolier TransCanada tente de faire approuver son projet de pipeline Oléoduc Énergie Est par l'ONÉ. Ce dernier, long de 4400 kilomètres, partirait des réservoirs d'Hardisty, en Alberta, et se rendrait dans l'est du Canada, en passant par Mirabel et Sainte-Anne-des-Plaines.
Toutefois, l'entreprise se heurte à bon nombre de manifestations et un vent d'insatisfaction marqué, notamment à Cacouna, faisant en sorte que le dossier avance timidement. Jusqu'au 3 mars, la population pourra d'ailleurs s'inscrire afin d'exprimer ses pensées à l'ONÉ, et ce, même si les détails du projet sont encore flous.
"Les documents ne sont disponibles qu'en anglais, mais quelques personnes veulent déjà donner leur position, leur expertise ou leurs craintes. Nous ne connaissons pas le tracé final et le projet est incomplet, mais l'ONÉ a tout de même ouvert les applications aux intervenants. Ce qui veut dire que plusieurs d'entre eux, comme ceux à Cacouna, n'auront peut-être pas besoin de parler si le port ne se construit pas là-bas", a spécifié Patrick Bonin, responsable de la campagne climat-énergie chez Greenpeace.
Ce dernier déplore cette pratique puisque les intéressés devront faire toutes les démarches sans nécessairement avoir la confirmation que leur voix sera entendue.
Enjeux importants
Les enjeux économiques et environnementaux liés à ce dossier sont régulièrement soulevés par Greenpeace et d'autres organismes du même type. Un des plus importants demeure la question des changements climatiques.
"Nous avons déposé à l'ONÉ une pétition de plus de 100 000 noms afin que la question des changements climatiques soit abordée. On parle d'un équivalent en gaz à effet de serre de 7 millions de véhicules supplémentaires sur les routes. L'ONÉ refuse de se pencher là-dessus, tout comme le gouvernement du Québec", a ajouté M. Bonin, mentionnant également que la plupart des intervenants aux audiences souhaitent aborder ce sujet.
Dans les Basses-Laurentides, outre les enjeux globaux, ce sont le risques de déversement qui retiennent l'attention. L'approvisionnement en eau pourrait devenir problématique, un peu comme nous l'avons constaté à Longueuil, lors de la fuite de diesel, en janvier.
"Pas moins de 700 cours d'eau seront traversés par ce pipeline en plus des nappes phréatiques, dont deux importantes, à Mirabel et Sainte-Anne-des-Plaines. Ce sont des zones qui peuvent être vulnérables à la contamination de l'eau. S'il y a un bris complet des canaux, des milliers de personnes se trouveraient à court d'eau potable", a-t-il insisté.
Un pas de recul
La semaine dernière, nous apprenions que la plus grande firme indépendante de relations publiques, Edelman, avait décidé de se retirer du lobby pétrolier américain. À la fin de l'année 2014, cette dernière s'était séparée de TransCanada, ce qui laisse présager que les campagnes de séduction n'ont peut-être plus le même effet qu'auparavant.
"Nous espérons que ça va changer l'approche de TransCanada, qui était prête à avoir recours à des tactiques déloyales afin de faire la promotion de son pipeline. Ça montre à quel point l'opinion publique fait évoluer le dossier", a souligné le représentant de Greenpeace, notant un parallèle avec l'industrie du tabac.
Celui-ci demeure confiant que ce genre de projet avorte au Québec, si bien sûr toutes les parties tiennent leur bout.

