Nous joindre
X
Rechercher
Publicité

Canadian Journal of Public Health

Appel à s'intéresser à la détresse morale des premiers répondants

Appel à s'intéresser à la détresse morale des premiers répondants
Photo: La Presse Canadienne, 2023
durée

Le personnel de la sécurité publique est parfois confronté à des choix moraux qui peuvent avoir un impact important sur sa santé, prévient un expert qui demande que cet aspect mal connu de leur travail soit étudié plus en profondeur.

Le travail des pompiers, policiers et ambulanciers est «essentiel», écrivent les auteurs dans le Canadian Journal of Public Health, mais il est aussi «complexe sur le plan pratique et éthique».

Pourtant, «les aspects proprement éthiques du travail et des conditions de travail du (personnel de la sécurité publique) sont peu abordés dans la recherche en santé publique», ajoute-t-on.

«On est peut-être plus familiers avec la détresse psychologique, a dit l'un des auteurs du commentaire, Éric Racine, qui dirige l'Unité de recherche en éthique pragmatique de la santé de l'Institut de recherches cliniques de Montréal. Mais notre bien-être psychologique peut être en cause quand on parle de détresse morale.»

La détresse morale, précise M. Racine, surviendra quand le personnel ne sera pas en mesure d'exercer son métier en respect avec les valeurs qui le définissent en tant qu'individu ― quand il se retrouve dans «une situation où on sait ce que serait la bonne chose à faire, mais en fin de compte, on est un peu incapable de la mettre en œuvre».

Même si les infirmières ne font pas partie du personnel de la sécurité publique, il cite en exemple une infirmière de l'unité des soins intensifs qui, en raison de ses conditions de travail, serait incapable d'accorder à ses patients les soins qu'elle juge nécessaires.

«Les situations de détresse morale peuvent perdurer dans le temps et créer beaucoup de stress, d'angoisse, etc., a dit M. Racine. On parle de blessure morale quand il y a comme une cassure, une accumulation de détresse morale ou une situation tellement choquante, tellement révoltante par rapport à nos valeurs qu'il y a un 'avant' et un 'après'.»

Le sujet est pourtant mal étudié et donc mal compris, même si on sait qu'il peut contribuer à l'épuisement professionnel et même pousser certains employés à quitter leur emploi au lieu de constamment devoir composer avec des choix moraux qu'ils trouvent impossibles.

Il n'y a rien d'anodin, a dit M. Racine, quand un employé doit pratiquer son métier en ayant l'impression qu'on lui demande souvent de compromettre des valeurs aussi fondamentales que la justice, l'honnêteté et l'intégrité, qu'il est contraint de pratiquer son métier «en porte-à-faux avec ces valeurs-là, avec ces principes-là».

«Quand nos valeurs sont de manière répétée mises en échec, puis qu'on est dans des situations où on ne peut pas s'actualiser comme personne, en fin de compte on n'est plus la personne qu'on aime à être, puis vient un moment donné où cette situation-là, cet état-là, devient intolérable», a-t-il expliqué.

Ces employés sont souvent appelés à se sacrifier et à s'oublier, habituellement de manière très stoïque et presque militariste, poursuit-il. Il demeure encore tabou de parler des difficultés qu'ils peuvent rencontrer.

La stigmatisation qui caractérise la détresse psychologique semble se transposer à la détresse morale, a déploré M. Racine.

La pandémie a imposé au personnel de la sécurité publique de s'adapter à des situations complètement inédites, rappelle M. Racine, et il importe de commencer à se pencher sur ce que ces répondants ont vécu.

Jean-Benoit Legault, La Presse Canadienne

RECOMMANDÉS POUR VOUS


Les DPJ estiment qu'il faut renforcer le filet social pour mieux soutenir les jeunes
Publié hier à 18h00

Les DPJ estiment qu'il faut renforcer le filet social pour mieux soutenir les jeunes

Les services de protection de la jeunesse peinent à subvenir aux besoins des enfants en difficulté et lancent un cri pressant au renforcement du filet social. Le bilan annuel des directions de protection de la jeunesse à travers le Québec, présenté jeudi matin à Québec, montre que les pressions sociales créent depuis quelques années une ...

La contraception gratuite coûterait 22 millions $ à l'État québécois
Publié hier à 12h00

La contraception gratuite coûterait 22 millions $ à l'État québécois

Rendre la contraception gratuite à travers la province coûterait environ 22 millions $ à l'État québécois, calcule l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) dans un rapport publié jeudi, qui s'intéresse aux répercussions de la gratuité des contraceptifs sur l’économie et la population du Québec. Cela prend ...

Le tiers des jeunes hommes voient leurs enjeux de santé mentale comme une faiblesse
Publié le 10 juin 2026

Le tiers des jeunes hommes voient leurs enjeux de santé mentale comme une faiblesse

Le tiers des jeunes hommes considèrent que leurs problèmes de santé mentale sont un signe de faiblesse, révèle un rapport de GreenShield et de Recherche en santé mentale Canada (RSMC), publié mercredi. On apprend aussi que près de la moitié des jeunes hommes qui ont demandé de l'aide ont mis fin à leur suivi plus tôt que prévu. Les ...