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Et les autres méthodes hormonale ?

Une étude démontre que la pilule contraceptive a un impact sur le cerveau

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7 novembre 2023
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Temps de lecture   :  

3 minutes

Par La Presse Canadienne

Une étude démontre que les femmes prenant des contraceptifs oraux combinés, mieux connus sous le nom de pilules contraceptives, ont un cortex préfrontal ventromédian plus mince que les hommes, une région du cerveau qui joue un rôle dans la régulation des émotions. 

L’étude, parue mardi dans la revue Frontiers in Endocrinology, a été réalisée par Alexandra Brouillard, étudiante au doctorat en psychologie à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), en collaboration avec Marie-France Marin, professeure au département de psychologie de l’UQAM. 

La chercheuse a constaté que les femmes utilisant actuellement des pilules à faibles doses de «faux oestrogène», l’éthinylestradiol, présentent un cortex préfrontal ventromédian plus mince que les hommes. 

«Selon notre étude, l’utilisation des contraceptifs pourrait affecter la morphologie cérébrale, mais de façon réversible», résume Mme Brouillard, en entrevue. 

Pour réaliser cette étude, elle a recruté 180 adultes en bonne santé, âgés de 23 à 35 ans. Ils étaient divisés en quatre groupes : les femmes utilisant actuellement des contraceptifs oraux combinés, les femmes qui ont utilisé ce type de contraceptif par le passé et qui avaient un cycle menstruel naturel au courant de l’étude, les femmes n’ayant jamais utilisé de contraceptif hormonal, et les hommes. 

Et toutes ces personnes ont été soumises à une imagerie par résonance magnétique (IRM). 

Il est à noter que les femmes ayant déjà utilisé la pilule contraceptive et celles n’ayant jamais employé de méthode contraceptive hormonale ont été pour la moitié examinées au début de leur cycle menstruel, et l’autre moitié vers l’ovulation, où les taux d’hormones sont plus élevés, précise Mme Brouillard. 

«On a pu voir à l’intérieur de leur cerveau, et aller quantifier la matière grise qu’il y avait dans certaines régions clés du cerveau qui sont importantes pour les processus émotionnels, l’expression et la régulation de l’émotion de peur, plus spécifiquement», explique Mme Brouillard. 

Elle a alors examiné «quels sont les paramètres liés à la pilule qui peuvent sous-tendre certains résultats», constatant que les femmes prenant des pilules à plus faibles doses d’éthinylestradiol ont un cortex préfrontal plus mince. 

Qu’est-ce que le cortex préfrontal ventromédian? Il s’agit d’une zone du cerveau qui agit comme le «frein des émotions», qui permet de se calmer et de se réguler, dans un contexte où on ne devrait pas être dans une situation de peur excessive, illustre la doctorante. 

«Par contre, on ne peut pas dire sur la base de nos résultats si cette région plus mince a un impact concret dans la vie des femmes. Évidemment, on pense que ça pourrait être plutôt délétère, mais à ce stade-ci, c’est trop tôt pour dire si c’est un effet qui est cliniquement significatif, puisqu’on se fie seulement à la matière grise de cette région», nuance-t-elle. 

De plus amples études sont nécessaires pour déterminer si ce phénomène a un impact sur la santé mentale des femmes et la régulation de leurs émotions au quotidien. 

Toutefois, l’étude montre que la pilule contraceptive n’aurait pas nécessairement d’effets durables sur l’épaisseur du cortex préfrontal, dans le cas où on arrêterait sa prise. 

«Par contre, comme ce sont des femmes adultes qui devaient avoir arrêté la contraception depuis au moins un an (dans l’étude), il est possible qu’il y ait d’autres facteurs qui puissent influencer la réversibilité des effets, indique Mme Brouillard. On se penche sur la question un peu plus en profondeur sur une deuxième étude qu’on est en train de conduire au sein de ces femmes-là.»

Et les autres méthodes hormonales?

Est-ce que les autres méthodes de contraception hormonales comme le timbre contraceptif, l’anneau contraceptif ou le stérilet hormonal ont les mêmes impacts sur le cerveau que la pilule contraceptive? La présente étude ne permet pas de le déterminer. 

«Ça reste pertinent d’étudier toutes les méthodes de contraception hormonale, parce qu’on vient altérer notre milieu hormonal, et les hormones synthétiques ou naturelles peuvent accéder au cerveau et influencer nos régions cérébrales», affirme toutefois Mme Brouillard. 

«C’est dur d’extrapoler, mais on pourrait croire que si les molécules sont les mêmes, il pourrait y avoir des effets similaires», a-t-elle ajouté, précisant que la pilule contraceptive combinée demeure la méthode de contraception hormonale la plus utilisée. 

Coralie Laplante, La Presse Canadienne

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