Croissance rapide et inévitable
Les médecins appellent à l'action contre le cancer du col de l'utérus
Par La Presse Canadienne
Le cancer du col de l'utérus est à la fois le type de cancer qui connaît la croissance la plus rapide au Canada et celui qui est presque entièrement évitable. Des militants se sont réunis mercredi à Ottawa pour demander au gouvernement fédéral de renforcer le dépistage, la prévention et la vaccination.
La Société d'oncologie gynécologique du Canada, la Coalition pour la santé des femmes et des représentants de 19 autres groupes ont tenu une conférence de presse pour exhorter les législateurs à agir afin d'inverser cette tendance inquiétante.
«Nous disposons des outils nécessaires pour faire du cancer du col de l'utérus le premier cancer jamais éliminé au Canada. Nous avons l'expertise médicale. Il ne nous manque que la volonté politique», a déclaré la Dre Shannon Salvador, présidente de la Société d'oncologie gynécologique du Canada.
Le Canada s'est fixé pour objectif d'éradiquer le cancer du col de l'utérus avant 2040. Des pays comme l'Australie et la Suède sont en passe d'atteindre cet objectif de moins de 4 cas pour 100 000 habitants.
Le taux canadien est plus de deux fois supérieur et continue d'augmenter, a précisé la Dre Salvador.
«Nous manquons à nos obligations envers nos sœurs, nos mères et nos filles», estime la Dre Sarah Kean, gynécologue à Winnipeg.
Plus de 90 % des cancers du col de l'utérus sont causés par le virus du papillome humain, ou VPH, un virus courant qui existe sous plusieurs souches. On estime que 75 % des personnes auront au moins une infection au VPH au cours de leur vie.
Un vaccin très efficace contre ce virus est largement disponible depuis des années et le Comité consultatif national de l'immunisation recommande une seule dose pour les enfants d'âge scolaire.
Il a été démontré qu'il prévient jusqu'à 90 % des cancers causés par le virus. Une étude qui a examiné les données de 2014 à 2018 dans 14 pays, dont le Canada, a révélé que les filles qui ont reçu le vaccin ont vu une réduction de 83 % des deux principaux types de VPH causant le cancer.
Un comité consultatif composé d'experts fédéraux et provinciaux sur le cancer du col de l'utérus a publié un «livre blanc» sur le sujet.
«Aucun autre outil n'est aussi efficace pour prévenir les cancers que le vaccin contre le VPH», ont souligné les auteurs du document.
L'objectif du Canada d'éliminer le cancer du col de l'utérus dépend de la vaccination de 90 % des enfants de moins de 18 ans d'ici 2025. Mais le taux de vaccination est bien inférieur à cela.
Un accès au vaccin inégal selon les provinces
Les provinces et les territoires ont mis en place des programmes de vaccination contre le VPH pour les enfants âgés de 9 à 13 ans, mais les recherches montrent qu'en moyenne, seuls 64 % des enfants éligibles sont vaccinés.
Le taux varie à travers le pays, allant de 47 % en Ontario à 81 % en Nouvelle-Écosse, à l'Île-du-Prince-Édouard et au Québec.
Selon la Dre Salvador, il y a eu une désinformation généralisée au sujet du vaccin.
«De nombreuses études sur la vaccination contre le VPH montrent à quel point elle est incroyablement sûre», a-t-elle mentionné.
La Dre Kean a avancé que les provinces pouvaient apporter des changements politiques qui aideraient.
Elle a ajouté qu'au Manitoba, où une politique d'«opt-in» permet aux parents de signer des formulaires d'autorisation pour que leur enfant reçoive le vaccin contre le VPH à l'école, le taux de vaccination est d'environ 52 %.
À Terre-Neuve-et-Labrador, où les parents doivent signer un formulaire pour refuser le vaccin, la couverture est de 76 %.
Le rapport préconise la mise en place de mesures de soutien et de sensibilisation afin de garantir que tous les enfants soient vaccinés dans le cadre de programmes scolaires, ainsi qu'un programme de rattrapage pour que toute personne âgée de moins de 18 ans puisse se faire vacciner si elle ne l'a pas été à l'école.
Il suggère également une politique d'accès au vaccin financé par les pouvoirs publics pour toute personne âgée de moins de 45 ans.
Le vaccin coûte environ 215 $ par dose et un traitement classique pour les adultes nécessite deux doses. L'accès au vaccin est inégal à travers le pays.
Le Québec prend en charge le coût du vaccin pour les personnes âgées de 9 à 20 ans et a lancé en octobre 2024 un programme temporaire permettant aux personnes âgées de moins de 45 ans de recevoir 2 doses du vaccin. Ce programme «se terminera sous peu», indique le site web de la province.
Dans les territoires et dans d'autres provinces, notamment la Colombie-Britannique, l'Alberta, la Saskatchewan et le Nouveau-Brunswick, le coût du vaccin est pris en charge pour les personnes âgées de moins de 26 ans.
L'Ontario et le Manitoba prennent en charge le vaccin pour les enfants d'âge scolaire et les personnes considérées comme appartenant à des groupes à haut risque.
Bien qu'il soit le plus souvent associé au cancer du col de l'utérus, le VPH peut également provoquer un cancer du vagin et de la vulve.
Il provoque également des cancers qui touchent les hommes, tels que le cancer du pénis, de l'anus, de la bouche et de la gorge.
Le rapport indique que les taux de ces maladies sont également en hausse et que les garçons devraient également être vaccinés.
Améliorer le dépistage
Le document préconise l'amélioration des programmes de dépistage précoce et de dépistage.
Certaines provinces, dont le Québec, l'Ontario, l'Île-du-Prince-Édouard et la Colombie-Britannique, utilisent désormais des tests de dépistage du VPH comme principal outil de dépistage du cancer du col de l'utérus, au lieu du test Pap, moins efficace. Certaines provinces ont également mis en place des programmes d'autotest.
«Nous demandons que le dépistage du cancer du col de l'utérus passe immédiatement au test ADN du VPH à l'échelle nationale et que des écouvillons et des trousses d'auto-prélèvement du VPH soient mis en place», a réclamé la Dre Salvador.
Les trousses d'auto-prélèvement permettent aux femmes vivant dans des communautés rurales et éloignées, aux personnes qui n'ont pas accès à un médecin de famille et aux personnes ayant des antécédents de traumatismes sexuels de faire le test à domicile.
Carmen Wyton, présidente de la Coalition pour la santé des femmes du Canada, exhorte les législateurs d'Ottawa à adopter un projet de loi du Sénat qui créerait un cadre national pour promouvoir, améliorer et protéger la santé des femmes.
L'adoption du projet de loi S-243 permettrait de normaliser l'accès au dépistage du VPH et à l'auto-prélèvement dans toutes les provinces et de maintenir l'équité en matière de santé, a précisé Mme Wyton.
La ministre de la Santé, Marjorie Michel, a déclaré mercredi matin, lors d'une entrevue sans rapport avec ce sujet à la radio CBC, qu'elle travaillait avec le Sénat sur cette législation.
Le Canada dispose d'une stratégie nationale sur la santé des femmes depuis les années 1990, mais «rien n'a été fait depuis», a rappelé Mme Wyton mercredi.
Un porte-parole de Mme Michel a remercié mercredi les groupes pour leur plaidoyer et a affirmé que le Canada avait consacré 33 millions $ à la recherche sur le cancer du col de l'utérus ces dernières années.
«Le 26 février, la ministre Michel annoncera un financement supplémentaire de 4 millions $ pour deux projets liés au VPH et au cancer du col de l'utérus», a déclaré Guillaume Bertrand dans un courriel.
Sarah Ritchie, La Presse Canadienne
